Vivre à Fukushima six ans après… Nouvelles de Fukushima (15). 

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A la demande de l’association Vosges Alternatives au nucléaire, le journaliste japonais Toshiya Morita est venu en France le 7 novembre dernier pour parler de l’après Fuskushima. Six ans après la catastrophe nucléaire, les habitants sont pris au piège de la contamination, tous sont loin d’être revenus et les aides gouvernementales réduisent comme peau de chagrin. Voici des extraits de son témoignage lors d’une réunion publique à Épinal.

> Les autorités tâchent maintenant de convaincre quatre-vingt mille anciens résidents du no man’s land de Fukushima de revenir chez eux. Mais les allocations aux populations déplacées sont arrêtées depuis mars 2017 parce que le gouvernement estime que six ans suffisent pour se réorganiser ailleurs. Plus de cent soixante mille personnes ont été déplacées et celles qui n’ont pas de moyens suffisants, sont contraintes de retourner dans la zone où elles ont tout laissé. Des camps ont été établis. Ces personnes sont devenues des réfugiés. 10% seulement sont revenus sur leurs terres, ce sont surtout des personnes âgées, qui n’ont souvent pas d’autres solutions. Il faut savoir que la famille et les amis ne veulent souvent plus les héberger, les aider ou même les côtoyer. Elles sont devenues des parias du fait du risque de contamination.

Pour éviter cette exclusion, les gens ne parlent plus. Ils ne disent plus qu’ils peuvent être malades, qu’ils ont tout perdu. Ils cachent le plus longtemps possible les répercussions que la catastrophe pourraient avoir sur eux, juste pour avoir droit à un avenir, pouvoir travailler et avoir une vie familiale et sociale. 70% des territoires contaminés et interdits sont déclarés “habitables”.
Mais des collectifs s’organisent. Plus de cent associations citoyennes aident les habitants à mesurer la radioactivité, traiter les plus vulnérables et organiser des opérations de décontamination.

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Greenpeace, dans son rapport “Pas de retour à la normale”, s’appuyant sur des mesures réalisées sur le terrain, affirme que la zone évacuée n’est toujours pas habitable du point de vue sanitaire. Mais quand on n’a plus les moyens de se payer quoi que ce soit, on va chercher dans la forêt des champignons contaminés ou on fait pousser des légumes dans une terre gorgée de matière radioactive !«

La dose limite d’exposition est normalement d’un millisievert par an. Au delà de 10 millisieverts (mSv) par an, il fait mettre les populations à l’abri, au delà de 50 mSv par an, il faut évacuer. Mais pour les travailleurs du nucléaire, le taux est de 20mSv/an. Toshiya Morita ajoute : “Si une catastrophe nucléaire se produit, il n’y a qu’une solution, évacuer et ne surtout pas écouter le gouvernement quand il vous dit que tout est sous contrôle !”. Les Japonais ont fait confiance aux autorités et beaucoup sont restés exposés trop longtemps avant de partir.

Le traumatisme reste indélébile, dit Toshiya Morita (qui fait partie de la deuxième génération des survivants des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki). Son père était un survivant mais, trente cinq ans après le bombardement il est mort à cinquante neuf ans d’une maladie neurologique. 

Selon le quotidien Tokyo Shimbun, il y aurait après Fukushima, cent soixante huit fois plus césium-137 dans l’atmosphère que lors de l’explosion de la première bombe atomique à Hiroshima en 1945.

Il est trop tôt pour évaluer de manière chiffrée les conséquences sanitaires de l’irradiation. Une étude publiée en août 2014 faisait état de plus de cebt trente cinq jeunes de moins de dix huit ans ayant développé un cancer de la thyroïde. Deux ONG “Physicians for social responsability” et “International Physicians for the Prevention of Nuclear War” estiment que la catastrophe pourrait être responsable de neuf mille six cents à soixante six mille cas de cancers supplémentaires au Japon (mars 2016).

Les habitants, eux, observent une augmentation des maladies respiratoires, des insuffisances cardiaques, des maladies neurologiques et des problèmes de peau. Les malaises sont tellement nombreux que dans les transports en commun, on a vu fleurir affichettes pour disant “si vous vous sentez mal, descendez à l’arrêt suivant”. Les habitants se disent tellement fatigués, qu’ils ne veulent plus se soigner. Ils n’en ont souvent plus les moyens et ne pensent pas non plus que ce soit efficace, conclut Toshiya Morita .

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> Portrait express. Naoto Matsumura, a cinquante sept ans, est devenu le gardien des animaux abandonnés dans la zone d’exclusion de vingt kilomètres autour de la centrale. Ce Japonais est l’un des seuls à vivre dans cette zone évacuée par les autorités. Lors de la catastrophe en mars 2011, il avait pris la fuite en laissant tout derrière lui. Puis, il a décidé de revenir pour s’occuper des animaux laissés sur place. L’état des bêtes était déplorable. De nombreux animaux avaient été laissés pour morts. Dans les fermes, les bêtes étaient enfermées dans les étables, sans accès aux pâturages. Il parvient à les alimenter grâce aux dons qui lui permettent d’acheter la nourriture. Naoto Matsumura sait bien que les radiations qu’il subit au quotidien finiront par avoir raison de lui. Mais à son âge, il relativise : “Ils m’ont dit que je ne serai pas malade avant trente ou quarante ans. D’ici là, je serai sûrement mort de toutes façons, donc c’est le cadet de mes soucis”.

> Photos de haut en bas. 1/Manifestations de réfugiés de Fukushima en 2015. 2/Le journaliste japonais Toshiya Morita. 3/Naoto Matsumura nourrit des animaux abandonnés dans la zone d’exclusion.

> Sources : Actu 88. Fukushima six ans après, le journaliste Toshiya Morita témoigne (résumé complet). >>> Lien.  
PositivR. Il est l’un des seuls à encore vivre à Fukushima en zone d’exclusion. >>> Lien. 


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