La "guerre du sel". Conférence de Françoise Bezet à Boisbelle.

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Samedi 3 mars 2012, à la Salle des tanneurs, Françoise Bezet au cours d'une passionnante conférence nous a tout appris de la gabelle, cet impôt du sel, qui eut pendant l'ancien régime un effet dévastateur sur le pauvre peuple du Berry et sur le royaume tout entier. 

C'est sous Louis quatorze et Colbert que la législation des gabelles est fixée par la grande ordonnance de mai 1680, qui codifie tout ce qui concerne le commerce du sel (monopole royal depuis déjà longtemps) et les gabelles : fournissement (grandes gabelles) ou approvisionnement (petites gabelles), vente, distribution, conservation (c'est-à-dire répression des abus et fraudes). Le royaume est divisé en six "pays de gabelles" de conditions très différentes. Dans les "pays de grande gabelle" (dont faisait partie le Berry), le sel est le plus fortement taxé, mais la consommation d'une certaine quantité minimum de sel est obligatoire ! Dans les "pays de petite gabelle", la taxe est plus légère. Les "pays de salines" où l'on extrait et récolte le sel sont encore moins taxés. Les "pays redimés", de "quart-bouillon" et les "pays exempts" sont aussi taxés à des taux moindres. Une des grandes injustices de la gabelle résidait dans la diversité et la condition des provinces, une différence de prix de un demi-sou dans une province et de douze sous dans la province voisine offrait aux contrebandiers des marchés et des profits trop tentants ! 

Et les "faux saulniers" (trafiquants de faux sel) sont extrêmement nombreux, pauvres diables transportant à pied un seul sac (les "porte-à-col"), bandes importantes ou  soldats, bourgeois, membres du clergé ou nobles, bateliers, bûcherons, charbonniers, métayers, les faux-sauniers sillonnent les chemins du royaume pour vendre leur sel de contrebande. Deux noms sont entrés dans l'histoire et la légende : Louis Mandrin et Jean Chouan. Face à eux, les gardes des gabelles (les "gabelous"), essayent de les prendre et multiplient les contrôles et les exactions aux dépens du peuple. Une industrie de la contrebande s'installe et une véritable "guerre du sel" sévit dans le royaume de France.

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La répression est terrible : pour la contrebande à pied et sans armes, deux cents livres d'amende, et en cas de récidive, six ans de galères. Contrebande avec chevaux, trois cents livres, et en cas de récidive neuf ans de galères. Contrebande en groupe et en armes, neuf ans de galères, et en cas de récidive, la mort. Pour les femmes, amende, fouet, marque au fer rouge, bannissement à perpétuité. Pour les soldats ou officiers pratiquant le faux saunage ou aidant les faux sauniers, pour les employés de la ferme faisant de même, pour les juges faisant commerce de faux sel, toujours la mort.  

Aucun impôt n'a été aussi détesté que la gabelle, et c'est avec des mots de colère que les cahiers de doléances de 1789 en réclament la suppression (qui sera effective en 1790) : " Qu'on ensevelisse pour toujours jusqu'au nom de l'infâme gabelle  dont nous ne dirons aucun mot, parce que nous craindrions de n'en pouvoir jamais assez dire pour faire connaître toutes ses injustices, ses vols, ses assassinats et ses crimes ".

Le Berry, en pays de grande gabelle (le plus fortement imposé), sera le théâtre de nombreux événements liés à la contrebande du sel. Vous en trouverez le récit très documenté dans le livre passionnant de Françoise Bezet et Henri-Claude Martin, "La guerre du sel" aux éditions de La Bouinotte. Notre ancienne province était à la limite du Poitou, du Limousin et de l'Auvergne, qui bénéficiaient du statut de "pays redimé". La frontière des provinces était très surveillée par les gabelous, on la franchissait le plus souvent de nuit et les escarmouches étaient fréquentes.

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Le grenier à sel d’Henrichemont qui a disparu, se situait à l'extrémité de la rue Marie (aujourd'hui Victor Hugo) face à l'Hôtel du Procureur fiscal. L’exemption de gabelle dans la Principauté de Boisbelle permettait l’achat de sel à bas prix, ce qui en faisait "l’aliment d’un faux-saunage considérable" puisque le sel s'y trouvait "à prix marchand". 

En 1707, le Receveur d'Henrichemont emploie de fausses mesures de seize et vingt livres, au lieu de vingt-cinq, il en tire un profit de quatre mille livres par an. Il sera jugé et condamné par Sully. À La Borne, considérée comme un de leurs repaires, un groupe de faux saulniers s'active. Le rattachement de la Principauté au royaume en 1767 supprimera la franchise de gabelle, à la grande déception de ses habitants.

Si vous n'avez pu assister à la conférence de Françoise Bezet, guettez les prochaines dates et courez vite l'écouter.

> Photos, de haut en bas : Françoise Bezet pendant sa conférence. La carte des pays de gabelle. La guerre du sel en Berry, le livre de Françoise Bezet et Henri-Claude Martin.

> Françoise Bezet est Présidente de l'Université rurale du canton de Sancergues. Ex enseignante, elle consacre son temps à la recherche historique et à l'écriture. Outre "la guerre du sel", elle a publié "À l'aube du siècle des lumières" (éditions Guénégaud), et "Un siècle et demi de comices à Sancergues".

> La Société historique "Les amis de la Principauté de Boisbelle" qui a organisé cette excellente conférence, a pour objet l’étude de l’histoire de l’Ancienne Principauté de Boisbelle et de la ville d’Henrichemont, de rechercher les documents et informations qui s’y rattachent, d'organiser des activités culturelles et de loisirs sur le thème de l'histoire et du patrimoine. Son Président est Gérard Billault. www.boisbelle-henrichemont.com/

> Si vous voulez inviter Françoise Bezet pour une conférence dans votre commune voici son courriel : bezetfrancoise@yahoo.fr

> Lire dans gilblog "La guerre du sel en Berry" : http://www.gilblog.fr/livres_a_partager/la_guerre_du_sel_en_berry.html