Le franglais tel qu'on le parle pense.

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Il règne depuis longtemps dans notre pays un snobisme qui conduit certains de nos concitoyens à émailler leur conversation et leurs écrits de mots ou d’expressions anglaises ou encore de baptiser d'un nom anglais un commerce, ou un produit..

Ces mots anglais ne viennent pas combler un vide, ils viennent remplacer des mots français.… Que ce soit par snobisme ou par complexe devant un niveau proche du zéro en anglais, dès qu’un mot à consonnance anglo-saxonne se présente, il y a des gens qui le collent dans une phrase. Et ça fait "dans le coup", "branché" et ça fait croire un instant qu'on sort de Sciences Po et qu'on fait partie de l'élite. 

Cette mode a envahi certains milieux professionnels où les mots anglais sont employés à tout va ; comme dans les métiers de l'informatique, par exemple. Mais le pompon revient à la fausse élite parisienne, les publicitaires, les gens de marketing, les journalistes et les communicants (dont pourtant le métier est de se faire comprendre), les professionnels du spectacle, qui s'obligent à placer des américanismes à l'écrit et à l'oral. Actuellement tous les records sont battus, car, si on y prête attention à ce que diffusent les chaînes de télévision,  on y entend quasiment un mot anglais à la minute. 

"Écrire en anglais est certes un moyen reconnu d'éviter les fautes de français. Le problème est que les lecteurs ont souvent fait français première langue" !... commente ironiquement le journaliste Alain Schifres.

Pourquoi dire fun, alors qu'il existe amusant, drôle, ou divertissant. Best of, alors qu'il existe florilège. Un petit check-up, est-il plus sûr qu'un petit contrôle (même médical). Et pourquoi post pour billet ? Pourquoi just (qu'on prononce djeuste) au lieu de juste ? Et pitch, pour résumé; fake pour faux ou canular; caddie pour chariot ? Exit pour dehors alors que exit signifie sortie. Prime time (praème taème), il existe début de soirée ou première partie de soirée, non ? Golavérage (goal average) ça fait plus savant que moyenne des buts (mais tout le monde comprendrait !). Logiciel est le bon mot, pas besoin d'employer software; matériel se comprend mieux que hardware; et pourquoi ne dit-on pas réseau au lieu de network ? Ajoutons, pour faire bonne mesure, la publicité Nespresso entièrement parlée en anglais.... 

Pourtant, il y a déjà vingt ans, la loi Toubon (4 août 1994), déclarait que le français est "la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics", c'est la "langue de la République" (article II de la Constitution). Cette loi  devait nous protéger des vagues du "tout anglais", cette langue d’importation que l’on ne cesse de nous imposer chaque jour un peu plus.

Preuve que ça ne s'améliore pas : un scandale récent a fait la une des journaux, la loi Fioraso vient d’instituer l’anglais langue de l’enseignement universitaire (!), dans la continuité de la Loi de réforme des universités (LRU) de Valérie Pécresse. Ces lois alignent nos universités sur le modèle néolibéral anglo-saxon. Et quand on reproduit le modèle universitaire, on est pas loin de reproduitre le modèle de pensée. Fioraso, Pécresse, voilà deux ministres en avance sur le traité transatlantique....

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Mais elles ne sont pas seules. Ainsi, le 3 juillet 2014, Emmanuel Macron (secrétaire de la Présidence de la République, conseiller de François Hollande et pas encore ministre de l'économie), présentait la "vision économique du gouvernement" devant un parterre de patrons. On se demande si ses auditeurs ont compris quelque chose à son sabir et si ce charabia est devenu langage officiel de la république. Jugez plutôt :  "Nous sommes une société mature mais averse au risque où l’entreprenariat est insuffisamment considéré". Dans un article récent l'angliciste Bernard Gensane commente : "Je ne sais pas trop ce qu’est une société "mature", mais je devine, dit-il. En revanche, l’expression "une société averse au risque" me scandalise. Voilà un exécrable exemple d’anglais en français. L’expression "averse à" n’existe pas dans la langue française. En revanche "to be averse to doing" signifie "répugner à faire". "I am not averse to an occasional drink" signifie "je n'ai rien contre boire un petit coup de temps en temps". Et que dire de "l’entreprenariat est insuffisamment considéré", qui est la traduction littérale de l’anglais "entrepreneurship is insufficiently considered"

On peut conclure à la place de Bernard Gensane et dire que monsieur Macron, tout ministre de la République française qu'il est, s'exprime et pense en sabir anglo-américain. C'était bien la peine de sortir de l'École nationale d'administration (ENA) pour arriver à cette déchéance ! Il est vrai que Emmanuel Macron, membre de la promotion 2012 des "Young Leaders" du lobby groupe de pression états-unien la French-American Foundation **, était aussi banquier d'affaires chez Rothschild & Cie, où il a eu le temps d'apprendre l'anglais de Wall Street et l'idéologie qui l'accompagne ! 

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On pourrait penser que ces observations relèvent de l'obsession de quelques puristes contre le snobisme imbécile du franglais. Mais des associations, des enseignants, des journalistes, des universitaires réagissent, et pour une raison plus profonde. Notamment Claude Hagège, un éminent spécialiste du langage (universitaire, professeur au Collège de France, médaille d'or du CNRS), qui considère que l'invasion de l'anglais dans notre langue est une forme de colonisation. Claude Hagège a consacré récemment à ce sujet un livre très argumenté et très critique intitulé "Contre la pensée unique", dans lequel il pourfend l'anglais, comme vecteur de pensée. "L'anglais, dont la diffusion mondiale véhicule l'idéologie néolibérale, et dont l'ensemble du monde est à la fois l'auteur et la victime", dit Claude Hagège.

En effet, quand on pense dans une langue qui n'est pas la sienne, on pense mal et quand tout est dit et écrit en sabir anglo-américain, on pense en sabir anglo-américain, dirait Bernard Gensane. L'enjeu n'est donc pas de sauvegarder la pureté du français académique, mais de défendre le droit de penser dans notre langue, et de penser comme il nous convient !

Gandhi, voyant que le pouvoir colonial britannique en Inde avait compris la force des représentations mentales (bien avant les autorités américaines), dénonçait l'école secondaire et supérieure anglaise comme une institution qui ne dressait que des êtres dociles : "Donner à des millions d'hommes la connaissance de l'anglais c'est comme les réduire en esclavage". Ces mots furent prononcés en 1908 dans le cadre d'une campagne pour que le hindi devienne langue officielle de l'Inde.

Un siècle plus tard, ils conservent tout leur sens.


** Emmanuel Macron n'est pas seul, Najat Vallaud-Belkacem, Fleur Pelerin, Marisol Touraine, François Hollande (promotion 1996), Anne Lauvergeon, Aquilino Morelle, Pierre Moscovici, et des dizaines d'autres ont été formatés par les Young Leaders. La mission de ce lobby groupe de pression est de développer "des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays" (on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec la "cinquième colonne") ! Liste complète en cliquant sur ce  >>> Lien.


> Sources.

"Contre la pensée unique" par Claude Hagège. Éditions Odile Jacob. 250 pages, 22 euros.

Le Point. Interview de Claude Hagège. >>> Lien.

Marianne. Défendre le français contre le tout-globish. >>> Lien

Wikipedia : Claude Hagège. >>> Lien.

Association Avenir de la langue française. >>> Lien.

Association Défense de la langue française. >>> Lien.

Association Courriel (Collectif unitaire républicain pour la résistance, l’initiative et l’émancipation linguistique). >>> Lien


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