La branche à Berlaudiot.

Les nouvelles histoires de Berlaudiot.


Berlaudiot-coupe-branche

Berlaudiot est assis jamb’ de ci jamb’ de là sur la grosse branche d’un vieux châgne, il bauch’tonne en se balançant à chaque coup de hache.

Salut Berlaudiot ! dit une voix en dessous de lui. C’est Robert Rouzeau le bûcheron, dit “bouc des bois”.

Salut, bouc des bois ! dit Berlaudiot. Pour garder son équilibre, il appuie sa hache sur la branche. Puis, il arrange son béret qu’avait glissé sul’ côté.

Aga’ don comment qu’tu t’es siésé Berlaudiot, tu vas tomber de c’tarb’ ! Te v’la à la balotte sul’ mauvais côté de la branche qu’tes après couper ! L’avertit Robert.

Tu f’rais mieux de regarder où qu’tu marches, bouc des bois, répond Berlaudiot. Les ceusses qui regardent eul’ faîte des arb’ y sont sûrs de s’cogner les orteils ! 

Et juste au moment où il dit ces mots :  bardadas ! D’un coup, la branche à tomb’ sul’ sol. Et a tomb’ pas tout’ seule, a tomb’ anc’ la hache et pi Berlaudiot qu’était siésé su’ c’te branche. Heureusement pour Rouzeau, c’est passé à côté de lui.

Euh là don, j’ai ti mal, j’ai ti mal, s’exclame Berlaudiot .C’est ti qu’t’as des visions, bouc des bois ? ajoute-t-il. T’as prédit quand qu’j’allais tomber, t’es sûrement un devin ! J’ai ti mal, Euh la, j’ai ti mal ! À ct’heure t’as pu qu’à m’dire quand j’vais défunter !

Bin…. Tu mourras quand ton âne aura brait quatre fois… lui dit bouc des bois en rigolant dans sa barbe. 

Tout contusionné et ayant trouvé une bonne raison de débaucher, Berlaudiot s’en r’tourne vers cheu lui en montant sur son âne. Et il le talonne pour qu’il aille plus vite. L’âne allonge le cou et se met à braire. Et Berlaudiot se rappelle les paroles de bouc des bois, juste après sa chute….
Bon dieu ! s’exclame Berlaudiot. Je suis un quart de mort !

À la lisière de la forêt, ils passent près d’un pré où broute un âne. Alors celui de Berlaudiot lance un braiment pour saluer son congénère.
Oh ! Là ! Là ! se dit Berlaudiot en frissonnant. Je suis demi-mort !

Puis l’âne pense à l’abreuvoir, et, à l’idée de l’eau fraîche qui l’attend, il lance un troisième braiment.
Bon dieu ! gémit Berlaudiot, me vl’a  maintenant aux trois quarts mort ! 

Il se met à caresser l’âne et à lui parler, pour lui enlever l’idée d’un autre braiment, le braiment fatal.

Sur le ch’min au d’vant, des bauch’tons tirent du bois de la forêt anc’ yeux tracteurs. Les oreilles de l’âne de Berlaudiot se dressent. Il n’apprécie pas du tout pas les pétarades des moteurs. Il leur adresse un long et tonitruant braiment de protestation. C’est le quatrième.… le braiment dernier !.
Bon dieu ! crie
Berlaudiot  en tombant de l’âne. J’sons mort ! Me v’la mort à c’t’heure ! 

Les gars se précipitent vers lui. Ils le secouent. Ils le pincent. Ils lui donnent des claques. Mais Berlaudiot reste aussi mou qu’ueun’ tranch’ de foie d’viau. 

Il a dit qu’il l’tait mort, dit un des gars. Y doit bin savoir tout d’mêm’. Allez, faut l’ram’ner cheu lui.

Ils chargent le corps de Berlaudiot sur son âne et se mettent en marche vers La Charnivolle, en se demandant comment annoncer la nouvelle à sa femme. Pour aller à la galopée ils décident de prendre un raccourci et se mettent à jagouasser.

Eul’ sentier du Sordon est trop caillouteux, dit l’un d’eux.
Mais le ch’min d’la forêt est bin trop boueux, et c’est pas l’moment d’fée l’tazon ! dit un autre.
Par la coursière du ch’tit bois, ça nous f’ra une demi heure de marche en moins, dit un troisième gars.
Moué j’te dis d’prend par eul’ chemin d’la forêt et pi d’tourner à gauche au carrouér des futiaux ! dit le premier.

> Bin moué quand j’étais vivant, s’écrie Berlaudiot. Quand j’étais vivant, j’prenais toujours eul’ sentier du Sordon ! 


> Si le sens d’un mot vous échappe, vous le trouverez dans le Glossaire du parler berrichon. >>> Lien.

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