Paul Beyer; céramiste français reconnu  …mais bornois méconnu.

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Gilblog a consacré une de ses premières pages (bien trop courte) à Paul Beyer en 2006. Paul Beyer (1873-1945) n’est pas seulement l’un des artisans du renouveau de la céramique bornoise, il est aussi le lien avec l'art céramique de la première moitié du vingtième siècle, et créateur d'un art populaire renouvelé. Son séjour (trop court) à La Borne et son travail ont influencé fortement Jean et Jacqueline Lerat ainsi qu’André Rozay….

Après une formation classique à l’École des Beaux-Arts de Besançon dans les années 1890, Paul Beyer choisit d’exercer l’art de la céramique, d’abord à Lyon puis à Paris. Ses formes et décors se partagent entre le style “art déco” de l’époque et des formes pures et des matières typiques du grès.

Engagé en 1914 dans la  “Grande guerre”, victime d’un ensevelissement et blessé en 1917, ce traumatisme lui vaut d’être réformé et de conserver des séquelles invalidantes. Il reprend son activité en 1919 après une douloureuse parenthèse de cinq ans.

Après 1930, il crée des figures de saints et des représentations animales pleines d’humour. Sa créativité alliée à une maîtrise des formes et des matières le font remarquer, son œuvre est appréciée. Il participe à de nombreuses expositions en France (Union Centrale des Arts Décoratifs, Petit Palais, Salon d'Automne, ...), il est membre du jury de l'Exposition Universelle des Arts et Techniques de 1937 ; il expose aussi à l'étranger (Belgique, Italie, Canada). En 1938, il est fait Chevalier de l'ordre de la Légion d’Honneur. 

Bénéficiaire de contrats et d’un atelier avec la Manufacture de Sèvres de 1932 à 1942, les conditions difficiles créées par la guerre et l’occupation allemande conduisent cet homme âgé à accepter une mission à La Borne : il s’agit de “Dynamiser les ateliers de la Borne pour favoriser la renaissance de ce haut lieu de la création potière”. Encouragé par Georges-Henri Rivière, promoteur des Arts et traditions populaires, il accepte. Mais n’est-ce pas un leurre des autorités de l’époque ? “On lui fait croire que lui seul peut redonner vie au village” écrit Michel Faré, cité dans le livre de Marc Ducret consacré à Beyer. Il serait intéressant de connaître l’ensemble des raisons et des conditions qui l’ont poussé à 69 ans, marqué par les séquelles de la guerre de 14/18, à affronter les rationnements et les conditions de vie précaires à La Borne en pleine occupation allemande.

Dans son atelier “sur des planches, tout autour, étaient disposées les pièces qu’il cuisait dans l’énorme four commun, grand comme une chapelle, où, pendant quinze à vingt heures, des hommes enfournaient des fagots qui chauffaient à pleines flammes saloirs, faisselles, cruches, pots sur lesquels étaient disposés de petits pots à sel qui donnent à ces poteries populaires l’oxydation atteignant la terre dans toute sa profondeur, que Beyer avait recherchée et adoptée”. [Renée Moutard-Uldry-Arts No28 -1945].
La première innovation du céramiste sera la construction, pour la première fois à La Borne, d’un four à flamme renversée, dit “four de Sèvres” (car les plans avaient été conçus à la manufacture), son propre four. Installé à La Borne d’en bas aux “grand’ boutiques” au milieu d'artisans voués au grès, il crée ses formes au tour. Beyer commence toujours par tourner un ou plusieurs pots qu'il assemble et modèle à la main. Aux oeuvres décoratives il préfère les objets utilitaires aux formes commandées par leur fonction : pichets, cruches, écuelles, plats. Sous ses doigts nait un univers cocasse, qui semble pris sur le vif. L’air de famille entre ses pièces et celles de Jean Lerat et André Rozay est très probablement lié à la proximité de leurs ateliers mais aussi à une recherche esthétique voisine de celle du vieux maître.

Dans son travail aux Grand’boutiques,  il  bénéficie  de l’aide d’Armand Bedu. Préparer la terre, tirer l’eau  du  puits, fendre le bois sont trop d'efforts pour sa santé défaillante. Armand Bedu tourne également les grosses pièces dessinées par  Paul  Beyer  et  assure les cuissons,  parfois en compagnie  de  Jean  Lerat. 

Le succès des créations de Paul Beyer continue à Paris même pendant cette courte période de 1942 à 1944. Ses œuvres sont remarquées par la presse lors d’expositions dans les galeries parisiennes, notamment à la galerie Gabrielle Franc au début de 1944.

“Je ne travaille pas, je m’amuse” disait Paul Beyer. “Peut-être s'amusait-il encore, fort de la joie saine et tranquille du bon artisan, lorsqu'il créait des figures saintes et son admirable saint Isidore (patron des moissonneurs), simple paysan, aux larges pieds solidement ancrés au sol, serrant à pleins bras une gerbe de blé. Ainsi Beyer renouait avec la tradition des tailleurs d'images qui élevaient, à la croisée des chemins ou dans les églises de village, les réalistes et touchantes effigies des saints locaux. Apparentées à cet art populaire, malgré la rusticité du matériau et leur anachronisme, les statues de Beyer ont déjà pris place parmi les authentiques chefs-d' œuvre de la céramique”. (Article de Mobilier et décoration No 3, avril 1956).

Travaillant sans relâche dans son atelier de La Borne jusqu'à ses derniers jours, il meurt à Bourges le 10 septembre 1945. La famille et la santé pèseront peu face à son insatiable appétit de faire. Il aura plus que quiconque personnifié l’extrême exigence de son métier et brûlé sa vie dans cette quête d’absolu. Et, comme une ultime injustice, son acte de décès stipule “sans profession” conclut Marc Ducret à la page 199 de son ouvrage.

Cependant sa mort fait l’objet de nombreux articles élogieux. En 1947, une importante exposition retrospective est organisée au musée des Arts décoratifs à Paris. À cette occasion, la presse témoigne à nouveau l’estime dont son œuvre bénéficie. Paul Beyer est perçu comme l’un des plus importants créateurs de sa génération.


> Je vous recommande ce livre remarquable : “Paul Beyer” de Marc Ducret. 224 pages. 185 photos. Éditions "Beau Fixe" à Lyon beaufixe@beaufixe1986.com . En vente au Centre de céramique contemporaine de La Borne. 55 euros.

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