SNCF. Avec sa “réforme” du train, Macron nous mène-t-il en bateau ?

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Grève des cheminots : à côté du traitement de l’information par les grands médias, il y a d’autres éclairages et d’autres analyses qui décoiffent ! Gilblog a fouiné un peu et vous offre une petite revue de presse non conformiste, non pensée unique, et non journal télé compatible.

Pour Érik Meyer porte-parole de Sud Rail dans Reporterre le 22 mars, les “privilèges” prétendus des cheminots, c’est ridicule et mensonger. En effet, “La ‘prime charbon’ a disparu dans les années 70 ! Le statut des cheminots tient compte des contraintes effectives du métier. On dénonce le "statut des cheminots” comme un privilège, mais les salariés de l’automobile peuvent acheter des véhicules à moindre coût, les salariés des banques peuvent emprunter à taux préférentiel, les journalistes ont un crédit d’impôt de 7.650 € par an, donc, chaque catégorie socio-professionnelle a des avantages liés à sa branche, souvent pour compenser de la modération salariale. A la SNCF, c’est la même chose”.
 Érik Meyer a raison, commençons par parler français ! Le régime des frais déductibles et des stock-options, les défiscalisations et les paradis fiscaux, les parachutes dorés, voila les vrais privilèges !
 Quand les députés godillots macronistes voteront la fin du statut des cheminots, ils auront oublié qu’ils bénéficient de près de six mille euros mensuels pour leurs frais, auxquels s’ajoutent des billets de train gratuits…
Et puis au lieu d’opposer les salariés les uns aux autres et dégrader leur situation, on peut renverser la question : pourquoi les autres travailleurs n’auraient pas droit à de meilleurs salaires et de nouveaux avantages  ? 

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Pour Bernard Thibault, dans un entretien dans Marianne du 6 avril : par leur mobilisation et leur détermination, les cheminots ont imposé les vrais débats que le gouvernement voulait éviter de rendre publics.
“Pourquoi une telle dégradation des services de la SNCF et à qui la faute? Quel service public ferroviaire faut-il au pays? Comment la SNCF sert-elle au mieux l'intérêt général? Quel droit au transport pour tous ? Comment engager enfin cette transition écologique qui, en reportant une part importante du trafic routier de marchandises sur le rail, nous permettrait de tenir nos engagements pris lors de la COP21. Voilà les questions auxquelles il faut répondre avant de redessiner un nouveau pacte ferroviaire ! Le rapport de Jean-Cyril Spinetta, qui inspire tant le gouvernement, n'est qu'un rapport de commande: un alibi qui devait justifier le passage par les ordonnances, étouffer le débat et offrir un totem de “réformateur”- en l'occurrence le statut des cheminots - au président de la République”. Pour Bernard Thibault, c’est loupé !

Pour Antoine Léaument dans “Le bon sens” le 15 mars. “L’urgence annoncée de cette “réforme” n’était due qu’à la soumission du président de la République à la Commission européenne, qui demande que le quatrième “paquet “ soit transcrit dans le droit français avant la fin de l’année. Ce “paquet ferroviaire” est celui qui prévoit l’ouverture à la concurrence du transport de voyageurs sur les lignes régionales en 2020 puis sur les lignes nationales en 2023”.

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Dans L’Usine Nouvelle, “Une contre-analyse déboulonne les arguments du rapport Spinetta”. Après le rapport Spinetta qui a inspiré le projet de réforme de la SNCF (qu’on pourrait nommer “Rapport Macron/Spinetta” tant les arguments sont grossiers), l’Usine nouvelle résume le travail du cabinet Degest, expert auprès du comité d’entreprise du groupe, qui fait une tout autre-analyse.
Déséquilibres financiers, coût du travail, investissements à perte… Le document scrute les dysfonctionnements en analysant les bilans et la trésorerie de la SNCF. En résumé : “Le problème de la SNCF vient essentiellement de l'absence de financements de l'État qui a creusé la dette.”  Loin de l’idée dominante “qui fait du réseau secondaire et du statut des cheminots les principales sources de dérives financières, nous montrons que c’est plutôt le coût du capital qui pose problème”, résume Arnaud Eymery, directeur associé de Degest.
Et l’analyste enfonce le clou en affirmant que “L’endettement de SNCF Réseau a été provoqué par l’État”! Alors que le rapport Spinetta pointait du doigt les déséquilibres financiers de SNCF Réseau, Degest impute à l’État la responsabilité de l’endettement. “Depuis 2010, l’État a engagé SNCF Réseau dans un programme d’investissements dépassant les 5 milliards d’euros annuels”, rappelle le cabinet en citant les travaux de modernisation du réseau et le développement de quatre lignes à grande vitesse (LGV). “Au même moment, l’État réduit drastiquement ses subventions ce qui crée un effet ciseau et contraint SNCF Réseau à recourir massivement à l’endettement. La dette accumulée est devenue tellement importante que SNCF Réseau est obligée de s’endetter… pour rembourser sa dette… créée par l’État !” ironise Degest. Selon lui, pour 100 euros empruntés par SNCF Réseau, 59 euros sont consacrés au remboursement de la dette tandis que 41 euros sont utilisés sur le réseau entre 2010 et 2017 !

Revenons à Reporterre et à Érik Meyer qui partage cette analyse. “La dette de la SNCF ne découle pas du statut des cheminots, mais de la construction du réseau LGV. La SNCF n’a été que l’exécutrice des politiques publiques, et si en 1982 la SNCF est devenue un Epic (Établissement public à caractère industriel et commercial), c’était pour lui permettre de s’endetter avec une garantie de l’État afin de construire le réseau LGV.”

> La controverse est des plus intéressantes. Les analystes de Degest ont-ils vu clair ? Monsieur Spinetta est-il incapable de comprendre un bilan, ou bien a-t-il menti dans son rapport ? Quel journaliste posera la question à Emmanuel Macron lors du prochain débat télévisé ?.

Henri Pena-Ruiz dans Libération le 9 avril, veut creuser plus profond et cherche les causes et les responsabilités politiques qui ont provoqué cette situation. “La dette ? Les cheminots n'y sont pour rien. Le service public, non plus. Ce sont les politiques des gouvernements successifs qui l'expliquent. Le tout route a pris la place du rail, au détriment du fret ferroviaire et des lignes dites non rentables, mais aussi de l’environnement. La priorité aux TGV s’est conjuguée avec le délaissement des trains de proximité, délégués aux régions. Elle a coûté très cher. L’oubli de l’aménagement du territoire et de la nécessaire égalité de tous les citoyens, où qu'ils habitent, a rompu le principe de solidarité nationale. La péréquation qui fait que les régions riches aident les régions pauvres est un principe républicain, et structurant du service public. Il en allait ainsi des lignes qui dégagent des profits par rapport à celles qui ne le font pas. 

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À la Libération, la France 'a choisi de lier la reconquête de sa liberté au Souci de justice sociale. D'où le programme du Conseil national de la Résistance. La Sécurité sociale s'est construite sur l'admirable principe qui veut que l'on cotise selon ses moyens et que l'on reçoive des soins selon ses besoins. Délivré de la loi du marché, le sens du bien commun a prévalu. 

L'idée de service public (déjà incarnée en 1937 par la SNCF avec le Front populaire), permet à chaque personne d'accéder aux biens de première nécessité. Santé, instruction et culture, accès à l'eau et à l'énergie, au transport doivent être à la portée de tous sans que pèsent les inégalités géographiques et sociales.

Mais la propagande européenne a voulu faire croire que la concorde nationale et internationale impliquait la concurrence libre et non faussée, assortie du moins disant social. D'où la privatisation à marche forcée des services publics, impulsée par la directive européenne 91/440. Le Medef, par la voix de Denis Kessler, a fixé le cap le 4 octobre 2007 : Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de le défaire méthodiquement”.  L'Europe a exaucé ce vœu. Le sort réservé-à la SNCF par Emmanuel Macron s'inscrit dans ce sillage” conclut Henri Pena-Ruiz.

> En somme, il faut dévoiler le vrai sens du mot réforme tel que l’emploient les politiciens qui nous gouvernent, et les médias à leur service. Désormais, il faut dire réforme avec un re comme revanche, re comme reprendre, re comme réaction, re comme revenir en arrière.
Aidons les cheminots à tenir bon, car leur grève défend l’intérêt national. Au-delà de leurs conditions de travail et de vie, ils défendent l'intérêt des voyageurs, celui de tous les citoyens, leur lutte est de portée universelle.

Pour soutenir les grévistes voici le lien de la caisse de solidarité : https://www.lepotcommun.fr/pot/qwgkeart

> Sources : La contre analyse du rapport Spinetta par le cabinet Degest. >>> Lien.
Bernard Thibault “Je retrouve l’esprit hautain et autoritaire qui nous était opposé en 1995” Marianne du 6 avril 2018 page 30.
Henri Pena-Ruiz. “Les cheminots défendent l’intérêt général”. Libération du 9/04/2018 page 24.
L’Usine nouvelle. “SNCF. Une contre-analyse déboulonne les arguments du rapport Spinetta”.
>>> Lien. 
Reporterre. “L’ouverture du ferroviaire à la concurrence, c’est le hold-up du siècle !” Entretien avec  Érik Meyer.  >>> Lien.

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