Les pionnières de la céramique à La Borne.

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Elisabeth Joulia

La dimension modeste de la salle et le petit nombre d’oeuvres exposées au musée Vassil Ivanoff, un échantillon limité de l’œuvre et de la représentation des femmes à La Borne, n’enlèvent rien à la qualité de cette belle exposition. En effet par la qualité de leurs œuvres, ces femmes céramistes ont  contribué de manière capitale au rayonnement artistique de La Borne .
Des femmes qui se sont imposées “en toute conscience de la richesse leur apport à l'évolution de l'art céramique. Leur ambition artistique a donné à ce lieu une dimension historique et un statut international à la production de céramique à La Borne”, comme le dit Nicole Crestou dans sa préface à l’exposition. 

C’est à cette même présentation que j’emprunte les extraits qui suivent…

Jacqueline Bouvet-Lerat. A La Borne en 1943, elle arrive de Mâcon avec une bonne maîtrise du tournage. Elle travaille dans l'atelier loué par François Guillaume pour Jean Lerat. Elle va jouer un rôle capital, par son œuvre bien sûr mais aussi par son enseignement à l'École nationale des Beaux-Arts de Bourges. Bon nombre des céramistes installés à La Borne et alentours, sont des anciens étudiants de Jean et Jacqueline Lerat. Adepte du grès cuit au bois, comme d'ailleurs toutes les femmes réunies dans cette exposition, l'œuvre de Jacqueline a évolué vers une abstraction organique faisant référence à la nature et à l'Homme. La nature et le corps lui inspirent à partir des années 1970 de nouvelles formes. Le travail des surfaces est très proche de celui de peintre. 

Élisabeth Joulia qui se situe dans la même génération, s'est installée ici en 1949 après des études de céramique auprès de Jean Lerat à l'École nationale des Beaux-Arts de Bourges. Ses théières épurées ont soutenu sa réputation dès ses débuts. Elle a lutté pour imposer dans ce monde d'hommes son style abstrait. La nature et l'intimité des corps ont été ses principales sources d'inspiration. De l'objet à la sculpture monumentale, de l'argile locale à la porcelaine, de la terre au bronze, Elisabeth Joulia participe à de nombreuses expositions. Les lumières et les matières du désert inspirent ses œuvres. 

Monique Lacroix et son mari Yves Mohy sont arrivés à La Borne en 1954. Elle a, comme bien d'autres de la même génération, réalisé des animaux notamment des poules stylisées. Monique Mohy a créé de nombreux tissus peints pour des commanditaires. Elle a enseigné l'art de la peinture sur tissu et de la teinture aux Beaux-arts de Bourges.. 

Claudine Monchaussé développe également une œuvre exigeante, très pure, dans la lignée des artistes qui ont adopté l'abstraction après la guerre. Sans jamais se détourner des éléments d'un vocabulaire plastique précis, constitué de signes symboliques, l'artiste construit des totems, sculptures de petites ou moyennes tailles qui supporteraient le monumental. Leur grande sobriété, leur justesse formelle et leurs nuances de matières leurs confèrent une véritable présence quel que soit l'environnement. 

Anne Kjaersgaard vient du Danemark après un apprentissage auprès de Bernard Leach et un séjour à St Amand en Puisaye. C'est à La Borne qu'elle se révèle dès 1958 être une des plus innovantes potières ayant influencé plusieurs générations de céramistes jusqu'à sa disparition en 1990. Son triomphe, bien sûr, ce sont les bleus de fer, la spontanéité de ses décors posés sur des pichets qu’elle a dotés de formes tournées d'une incroyable liberté. 

Jeanne Grandpierre a vécu à La Borne de 1974 à 1981 auprès d'Alain Girel, avant qu'ils ne s'installent en Bourgogne. Jeanne a développé une œuvre plastique témoignant de l'inquiétude, de la fragilité des corps, montrant des bustes féminins rongés de l'intérieur ou entravés dans leurs mouvements. Son œuvre est à redécouvrir.

Janet Stedman a participé à l'aventure “Digan grès” de 1968 à 1976. À ce titre, elle a formé de nombreux potiers. Son perfectionnisme et sa maîtrise du tournage font d'elle une des rares femmes à tourner de très grands volumes. Après le succès du grès rustique et design de l'entreprise Digan, elle entreprend une production personnelle de pièces usuelles dont les décors figuratifs innovent dans l'utilisation de colorants industriels. Elle ne pourra malheureusement pas mettre en œuvre tous ses projets. 

Eva Eisenloeffelvenue d'Amsterdam, découvrit à La Borne en 1965. Elle a créé de petites sculptures de formes humaines avec une grande poésie. Rares sont les statuettes qui intègrent avec une telle force, une dimension monumentale et la notion d'espace. Artiste constante, Eva a beaucoup dessiné, gravé et modelé, fidèle à une expression tout à la fois brutale et sophistiquée, dont la dimension architecturale est restée inexplorée.

Solange Garotte s'installe à La Borne en 1972 après sa formation dans l'atelier de céramique l'Ecole nationale des Beaux-Arts de Bourges. Son œuvre très structurée donne au grès des libertés inattendues.

Barbara Delfosse arrive à La Borne en 1960. Elle réalise des terres  “guillochées” avec Pierre Digan. Ses miroirs et ses boites sont recherchés. 

Christine Pedley après des études dans la prestigieuse Harrow art school où intervient David Leach, arrive à La Borne en 1968. Elle fait partie des tourneurs de l'équipe Digan. Elle se rend au Japon en 1973-1974. Son œuvre est marquée par l'Angleterre, son pays d'origine et par sa rencontre avec les céramistes japonais. 

Gwyn Hanssen est une australienne qui s'est formée en Angleterre chez Bernard Leach et Michael Cardew. Elle est arrivée à La Borne en 1965. Ses formes et la qualité de réalisation de son œuvre lui ont donné une très grande notoriété dans le monde Anglo-saxon, 

Josette Miquel s'est consacrée à faire évoluer les pièces utilitaires en grès. A la suite d'Anne, elle a développé, dans les limites du fonctionnel, un tournage et un décor spontané, vivant et dynamique. Osant les contrastes de couleurs Jo Miquel a initié un renouveau de la poterie du quotidien. Installée à Boisbelle auprès d'Hervé Rousseau, elle était elle aussi adepte des cuissons au bois. 


> Exposition “Les pionnières de La Borne”. Musée Vassil Ivanoff. Route des Coquillers - La Borne. Du 8 juillet au 3 septembre 2017. Entrée 3 euros.
Site web :  www.musee-ivanoff.fr

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