Jean Lerat. De l'école des Beaux Arts à La Borne.

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Jean Lerat naît à Bourges le 1er janvier 1913. Son père est menuisier, sa mère est issue d’une famille d’ébénistes (photo en bas de page). Ce père menuisier, comme d'autres artisans éclairés, oriente son fils vers une formation aux métiers d'Art. Tout comme, avant lui, les pères menuisiers de deux autres artistes de l'époque : l'illustrateur Benjamin Rabier et le peintre Paul Surtel (de Reuilly). 

Ainsi, Jean Lerat entre à l’école des Beaux arts et des Arts appliqués, place Cujas à Bourges en 1926 pour y apprendre la sculpture sur bois. Selon une définition de l'époque, la mission de ces écoles est de donner le goût du beau aux artisans, de leur apprendre la précision, la géométrie, le refus de l'ornement et du pittoresque gratuit. (Photo en bas de page - l'école a été démolie en 1976).

Voici quels étaient en 1929 les ateliers d'enseignement de l'école des Beaux arts et des Arts Appliqués à l'industrie de Bourges.  Atelier du bois (menuiserie d'art, ébenisterie, sculpture). Atelier de sculpture sur bois et sur pierre. Atelier de céramique (étude de la forme et du décor). Atelier de peinture décorative et d'art apliqué (décoration et création de modèles pour l'industrie). Atelier de reliure. Atelier d'architecture.  Atelier du fer (ferronnerie, métal repoussé, forge, ajustage).

Dans ces ateliers, les étudiants (on les nomme "apprentis" à cette époque) acquièrent une véritable culture plastique et de styles. Mais connaître les programmes de l'école ne suffit pas à imaginer les modèles auxquels Jean Lerat et les élèves des Beaux Arts de Bourges sont confrontés dans les années trente. Par exemple le fleurissement du style "arts déco", les réalisations du grand créateur de meubles Jacques-Émile Ruhlmann ou de sculpteurs comme Antoine Bourdelle, Charles Despiau ou Chana Orloff ? Il faut savoir aussi que l'Exposition internationale des Arts décoratifs et ses innombrables pavillons à Paris en 1925, et l'Exposition coloniale de 1931, sont d'immenses lieux d'échanges et contribuent largement au bouillonnement artistique de l'époque. On ne sait pas si Jean Lerat se rend à Paris pour visiter ces expositions, mais Bourges n'échappe pas à leur rayonnement. On peut également se faire une idée concrète de l'environnement artistique de Jean Lerat pendant ses années d'études en regardant les collections du beau Musée des années trente, à Boulogne-Billancourt.

De 1935 à 1936 Jean Lerat suit les cours de sculpture de Noël Feuerstein, ancien éléve de l’école Boulle. À peu près à cette époque, Édouard Duneuf-Germain (1881-1958), directeur de l’école des Beaux Arts de Bourges de 1918 à 1942, fait une série de bois gravés pour un livre sur les potiers de La Borne. Il se rend sur place pour y faire des esquisses pour ses gravures. Cette information parvient-elle jusqu'à Jean Lerat ?

Puis, alors qu'il est professeur de dessin à Saint Amand (1936 à 1939), Jean Lerat rencontre François Guillaume, sa collection de grès anciens de La Borne, son intérêt pour les arts populaires, sa culture des métiers d'Art et des styles, ses échanges avec Joseph Massé avec lequel il dialoguait fréquemment (ce qui établit un lien avec l'œuvre de Carriès). Il réalise ses premières commandes pour l'éditeur d'art berruyer.

En 1937 Jean Lerat participe au concours de sculpture de l' Exposition internationale de Paris et obtient une médaille d’argent. Il a vingt-quatre ans et déjà il affirme son talent et son "métier".

En 1941 Jean Lerat est installé à La Borne par François Guillaume dans l’atelier d’Armand Bedu. En somme, l'année de ses vingt-huit ans et de sa rencontre avec la terre et les potiers de La Borne, le futur céramiste n'arrive pas sans bagage... 

Le tournage auprès d'Armand Bedu sera plus qu'un apprentissage et la simple acquisition d'un savoir faire. À tel point que des œuvres de Jean Lerat sont sélectionnées pour l’exposition organisée par Georges-Henri Rivière au musée des arts et traditions populaires à Paris, en 1943.

Les grès réalisés dans l'immédiat après guerre témoignent du talent, de la culture et de l'ambition artistique de Jean Lerat. Ce sera peut-être le sujet d'une nouvelle page dans gilblog prochainement.


> Un grand merci à François Lerat qui m'a fourni des informations et généreusement autorisé à photographier et reproduire les documents de son père.


> Pour en savoir plus, voici quelques liens utiles :

Le site JJ Lerat.  >>> Lien. 

Lire dans gilblog : Étienne Guillaume se souvient de Jean Lerat. >>> Lien.

Aussi dans gilblog : La Borne. L'étincelle qui a allumé le feu. >>> Lien.

Exposition Internationale des Arts décoratifs de 1925. >>> Lien.

Exposition coloniale de 1931.  >>> Lien.

Musée des années trente. >>> Lien.

Un livre inachevé sur la poterie traditionnelle à La Borne. >>> Lien.


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