Nouvelle maison de la Culture. Présentation  et controverse.

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Vendredi 19 décembre, présentation publique du projet d'une nouvelle MCB à l'auditorium de Bourges. Environ une heure pour la présentation, une heure pour les questions-réponses. Sur la scène Pascal Blanc (le maire), Jean-Christophe Ballet (l'architecte) et Olivier Atlan (directeur de la MCB).

La salle est pleine de berruyers tous passionnés pour la maison de la Culture. Contrairement au titre idiot du Berry Républicain il n'y a pas de pro et anti-MCB dans la salle : tous veulent ardemment la MCB, mais tous ne la veulent pas au même endroit ! Ce sujet qui oppose, suscite aussi l’interrogation de nombreux habitants de Bourges et de son agglomération qui préfèrent l'ancien site, comme le démontre la pétition réunissant plus de sept mille signatures, au jour de la réunion.

L'applaudimètre et le compteur de décibels des "hou hou hou" ne permettent pas de savoir qui en fait le plus, ni de départager les uns et les autres. Un peu chahutés par les indignés très nombreux et des membres du collectif "luttes Séraucourt" présents dans la salle, Pascal Blanc et Jean-Christophe Ballet adoptent parfois le ton du mépris, ou l'esquive aux questions, ce qui n'est pas fait pour ramener le calme. 

Un débat ça va un peu vite, et pour bien comprendre les choses qu'on entend, il faut prendre le temps d'y revenir. Au delà de l'opposition entre les pro MCB (Séraucourt) et les pro MCB (site "historique") que Le Berry a résumée dans son article du 20 décembre, notons quelques remarques. 

Après l'énoncé du déroulement de la soirée, et les présentations, Pascal Blanc donne la (longue) liste des personnalités qui regrettent de ne pouvoir venir (sourires). Puis on entre dans le vif du sujet qui est la présentation du projet par son concepteur, Jean-Christophe Ballet. Disons le tout de suite, c'est un projet qui tient la route, exposé avec clarté et conviction. Diapositives, plans, carte des cheminements urbains  ...etc. Fin des travaux en été 2018 et ouverture en septembre de la même année. S'il n'y avait pas déjà à Bourges de quoi faire une maison de la Culture, ce serait sans doute une proposition sérieuse à examiner avec intérêt.
Mais en réalité, l'enjeu de la controverse n'est pas le projet de Jean-Christophe Ballet, c'est : pourquoi une nouvelle MCB, alors qu'on en avait déjà une ? Les équipements culturels (l'Auditorium et le Hublot), déjà réalisés par la ville, permettraient la décentralisation de manifestations culturelles dans les quartiers, en même temps qu'on pourrait construire un projet de qualité sur le site historique auquel de nombreux Berruyers sont très attachés. C'est ce que font remarquer Roland Chamiot (ancien maire) et Pierre-André Aubrun (ancien conseiller municipal) dans un communiqué commun envoyé ce même jour. 

Afin de ne pas aborder la question des erreurs, des fouilles avortées, de la destruction des salles de la MCB, du gaspillage de l'argent public, et des boniments de Serge Lepeltier, le nouveau maire dans sa brève introduction commence son récit à l'année 2013. C'est l'année où une majorité du Conseil municipal vote pour la construction sur le site de Séraucourt. Une tentative pour éviter de parler des sujets qui fâchent. Et en effet, ça fâche.

L'architecte Christian Gimonet exprime compliment et critiques sur le projet. "Nous ne sommes plus au dix neuvième siècle. Il faut savoir changer !" lui lance Pascal Blanc avec mépris pour tenter de le discréditer (Pascal Blanc qui jongle avec les siècles omet de dire que la Maison du peuple de Marcel Pinon et Henri Laudier a été édifiée au vingtième). Heureusement que la nouvelle MCB est une MCB du vingt et unième siècle ... mais le vingt et unième siècle, nous y sommes déjà ! Flûte, il faudra remplacer cette formule creuse par un truc moins usé ! En tous cas, ce qui est d'un autre siècle c'est de gaspiller l'argent public et de tricher avec les citoyens en leur donnant durant plusieurs années un boniment d'informations rassurantes mais incomplètes afin de dissimuler le fiasco, et faire qu'ils n'y comprennent rien. C'est une des raisons de la contestation, du ramdam actuel et d'un certain nombre de panneaux "mensonge" brandis dans la salle à plusieurs reprises.

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À une question sur le financement, le maire s'emmêle dans les chiffres. Un peu perdu dans les additions, Pascal Blanc, refait le compte et remet les choses en ordre. Et il énonce les sommes attendues pour financer la nouvelle MCB. : "Six millions d'euros de l’État, six de la Région, quatre et demi du Conseil départemental, un et demi de Bourges Plus, deux du mécénat et dix de la ville de Bourges. Ces montants sont hors taxes". Mais, pour le moment c'est un peu Perrette et le pot au lait, car les concours financiers attendus dépendent du bon vouloir de l'État et de sa capacité à augmenter sa participation de quatre et demi à six millions d'euros. Si l'État reste à sa participation initiale de quatre millions et demi, la Région en fait autant, et le Conseil départemental réduit aussi son concours ; le pot au lait se vide... Ce sont les berruyers qui devront le remplir. On connaîtra la réponse au début de 2015 avec le vote du budget de l'État. 

Pascal Blanc affirme que "chaque mois perdu sur le calendrier coûtera cent trente six mille euros à la ville" (mais il n'explique pas ce qui fait cette somme). Les esprits chagrins remarqueront que le maire vient de faire perdre trois mois (et plus de quatre cent mille euros à la ville, si son affirmation est vraie), en ne demandant pas l'autorisation réglementaire à la Préfecture... Et, venant de celui qui, avec Serge Lepeltier, a fait perdre à la ville six ou sept millions d'euros engouffrés en pure perte dans la démolition des salles de la MCB, c'est d'une cocasserie sinistre. 

"Pour le mécénat j'ai bon espoir, et je solliciterai les entreprises qui construiront la nouvelle MCB", annonce Pascal Blanc. Bardadas, grosse gaffe ! La Préfète et les messieurs de la Cour des comptes ont entendu leurs oreilles siffler. Encore une bêtise qui déclenchera des retours de coups de bâton pour le Maire. Voila les entreprises prévenues d'avoir à gonfler les devis : c'est l'annonce cynique d'un prétendu mécénat qui serait financé par des marchés publics, et donc sur le dos des berruyers et de l'État. Le même tour de passe passe vient d'avoir lieu avec l'annonce simultanée de l'achat des terrains Monin par l'agglomération (présidée par Pascal Blanc), et d'un mécénat d'un demi million d'euros en échange. N'insistons pas là dessus plus longtemps, ça deviendrait cruel.

À une question sur l'absence de concertation et les errances du projet-fiasco de rénovation-réhabilitation-reconstruction-démolition de l'ancienne MCB, Pascal Blanc répond "J'étais maire adjoint aux travaux de Serge Lepeltier, j'assume". Un seul mot pour résumer cette gabegie c'est un peu court, les berruyers et tous les amis de la MCB estiment avoir le droit à la vérité. Mais Pascal Blanc ne semble pas comprendre que ce refus de transparence nourrit le mécontentement.

Une proposition candide est exprimée à la fin de la séance par un monsieur qui voudrait réconcilier tout le monde. Pour lui, un référendum (il aurait du dire : une consultation), permettrait de connaître l'avis des berruyers et de décider sereinement. Pascal Blanc répond à côté du sujet et avec un peu de mépris en déclarant qu'un référendum ne propose que le oui ou le non comme réponses. Grosse ficelle : dans le climat actuel, une consultation des berruyers ne serait sans doute pas favorable au projet sur le site de Séraucourt et le maire ne veut pas prendre ce risque... 
En répondant à cette question (ou à une autre, peut-être), le maire de Bourges se réclame de la constitution et lui fait dire ce qu'elle ne dit pas. La démocratie selon lui c'est qu'après une élection, les citoyens doivent attendre l'élection suivante pour exprimer leur opinion. Engageons Pascal Blanc à relire ses classiques et méditer un peu avant de prendre le risque de bonimenter à nouveau sur la démocratie à la sauce Blanc...

> Bref, une heure pour les questions-réponses c'est trop court, mais comme dit un ami, ce soir là :

On a appris qu'il manque des sous.
On a appris que le montant des subventions attendues est lié au montant de celle de l'État.
On a appris par Agnès Sinsoulier que la Région centre ne payera pas deux fois et ne s'en laissera pas compter (à moins qu'un changement de majorité.... ?).
On a appris que les berruyers payeront ce qui manquera.
On a appris que, faute d'argent, il n'y aura pas de réhabilitation de l'ancien site durant ce mandat municipal.
On a appris que seules les entreprises du BTP qui participeront au mécénat feront parties des gagnantes.
On a appris que l'espace d'expositions de la nouvelle MCB est placé dans un escalier.
On a appris qu'on ne sait toujours pas combien de millions d'euros ont été perdus dans la démolition de l'ancienne MCB.
On a appris qu'on ne sait pas pourquoi le projet sur le site originel excluait la surface de l'école de musique.
On a appris que Pascal Blanc sait garder son calme, même sous la critique la plus sévère (ce qui est à son honneur).
On a appris que Pascal Blanc est un bonimenteur plein d'aplomb.
On a appris qu'il y a encore plein de choses qu'on ne sait pas !


> Pour en savoir plus, lire dans gilblog les pages de la rubrique Culture &  MCB. >>> Lien.
> Pour signer la pétition "NON à la destruction des Jardins de Séraucourt, OUI à la réhabilitation de la Maison de la Culture sur son site". >>> Lien. 
> Les associations du collectif Luttes Séraucourt : Groupe MACU de Bourges / Association des amis de la maison de la culture / Berry’ing / Mon cher vélo / Collectif pour un projet alternatif maison de la culture / Nature 18 / Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF) / Comité Bourges Ta Zad / Association KI-6-col’.  
> Contact pour joindre le collectif : Luttes Séraucourt 110 rue Charlet 18000 Bourges.  luttes.seraucourt.bourges@gmail.com

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