Le discours d'Albert Nanciau.

1-Albert-Nanciau

Texte prononcé par Albert Nanciau, membre éminent de l’association “Les Amis de l'École de Villabon”, le 4 juillet 2018, dans la salle de séance du Conseil Régional Centre-Val de Loire, à Orléans, dans le cadre de la conférence régionale de la vie associative sur le thème :  L'association, moteur de l'innovation sociale et territoriale.

“Bonjour tertous,

J'vas vous causer d'ma société loué d’1901. J'ons pris un papier, pace que j'ai pas l'habitude de causer en public. En plus, on est à Orléans, c'est presque Paris et que c'est sérieusement sérieux.

J'dis aussi marci à la possibilité d'fait des progrès en diction, grâce à la formation que j'ai eu, grâce à ma société, en stage de théât'. Avant, j'disais les "tontonnes" pour les consonnes. Voyez, au jour d'aujord'hui, j'suis toujou' obligé d'fait un effort pour ben causer.

Oui da, qu'on fait du social et du territorial!

J'm'appelle Albert Nanciau.  Nout' société est située , à couté d'la base aérienne d'Avord, dans l'Cher.  Alors, nous avons des membres qui fasont partie de l'armée territoriale dans nout' société. Nous, on dit toujou "société": la société des Amis de l'École. C'est facile, à chaque foués que j'dirai société, vous traduirez: association.

Quanqu'on m'a dit que j'devais causer d'innovation, au départ, j'avais compris que, pisque nous fasons du sport, dans nout' société, c'est pace que quand Paris-Nice est passé dans nout' village j'avions applaudi Bernard Hinault. j'avions fait une belle "Hinaultvation". ….C’est bête, hein ?

C'est ben inattendu que j'seye anqu' vous: on est une société d'la campagne. Nout' société, a date de 1925. Et des gâs d'cheu nous, i-z-ont eu des responsabilités départementales, parce qu'on m'a dit qu'i réfléchissaient ben.

Coume société sportive, on a fêté la 3 000 ème licence de cyclo-sport. Ya eu des discours: c'que c'atait d'être sportif: citoyen, antiraciste, laïc, sain de corps et d'esprit, pas d'dopage.

Oui, on a fait du social et du territorial !

Y a eu un moment fort qu'on peut qualifier de libération saxuelle. On avait un adhérent, bel houme, qui t'attirait beaucoup d'filles du canton.Alors, pour aller draguer aux bals, i'fasaint ben des kilomèt's, à pied, car i' étaint pas ben riche.Alors, on s'est aperçu qu'i y avait deux chouses qu'allaint pas

1) Ce gâs à fai' tous ceux ch'mins, i' en pardait la santé.

2) Mais aussi, biaucoup d'femmes se artrouvaint enceintes par son fait.

Alors, i'nous a d'mandé:" pouvez-ti- fait une tombola pour que j'achète un vélo?"

Ça a été une évènement dans l'territorial du canton. Ben sûr qu'la tombola, alle a réussi. On y a payé son vélo, pour aller aimer sans trop d'fatigues. On y a aussi fait -i' nous restait de l'argent - un pécule pour qui s'achète des préservatifs et qui respecte mieux les femmes. Emprès c't'exemple là, plein d' gens ont acheté des vélos. On a donc fondé une section vélo à nout' société. Anvec toute c'ativité là, les gâs fasaint moins d'bêtises et i' respectaint mieux les femmes.

Si ça , c'est pas du social et du territorial, que l'diab' m'emporte !

Nout’ société s'est aussi engagée dans la vie municipale. Nos adhérents s'étaint aperçus que les queuques conseillères municipales étaint reléguées à choisi' les fleurs pou' l'fleurissement du bourg, à choisi' la teinte des peintures des WC publics, ou à remett' les bouquets pou' les courses cyclistes. Ca pouvait pus durer. Ni une, ni deux, on les a agidées à constituer une liste uniquement de femmes. Elles avaint ben préparé yeu histouère. Pour fai' social, y avait des professions différentes et des situations sociales diversifiées.

Pour le territorial, chaque rue du village avait sa candidate. Y fallait 11 candidates, coume y a dix rues dans l'village, plus la place centrale. Eh ben, ça y était, y avait une liste. uniquement des femmes! Coume c'est ben connu qui y a plus de femmes que d'houmes, et ben, toute la liste a été élue! mais il a fallu qu'ça soye toujou' les femmes qui dirigent yeux fleurissements et  la distribution des cadeaux de Noël aux p'tits vieux... Si! Pour les courses cyclistes, c'etaint les maris qui armettaint les bouquets.V'là encore une espérience sociale et territoriale.

Puis-je vous causer de l'accès à la Culture ?

Nout' société, depuis 1925, a organisé des cavalcades,des bals masqués, des pièces de théâtre. On est donc devenu une société-association de spectateurs.

Au début de la Maison de la Culture de Bourges, à partir de 1963, au siècle darnier, l'équipe de Bourges a voulait amener le non-public dans la Grande Maison.

Nou' avons donc organisé eune réunion publique, envec coume thème: Queu Culture voulez-vous? Alors de tous nos quartiers, de tous nos lieux-dits, des fermes, y sont venus ! Mais, i' avaint pas ben compris: pour eusses, la culture, c'était l'agri-culture.Alors, i' avaint amené yeux outils, dont i'-z-étaint fiers. Quand i' ont vu qu'ç'atait pas l'sujet, vous savez-t-i, c'qui'ont pensé , dans yeux têtiaux ? Pisque qu'on a sorti les outils, on va fai' un éco-musée! Et espliquer aux jeunes, coument qu'on travaillait auterfoués!

C’t'éco-musée contint don' des outils d'forestiers, des outils de vignerons, d'maraîchers. Oui, faut vous dire qu'on a des bons marais cheux nous. Des marais qui dounent ben.

Figurez-vous qu'un jour, que je m'y promenais, j'me suis arrêté zieuter les récoltes. J'y suis resté un bon moument; c'était un mercredi, j'avais l'temp. Quanque j'ai senti un chatouillement le long d'la jambièr' d' mon pantalon.C'était p'tête un gratouillement. Un chatouillement?Un gratouillement? Toujou' est-i' qu'y avait eune asparge qui poussait!

J'ai don' pris l'coutiau d'mon grand-pé; i' me l'a confié su' son lit d'mort; j'ai don' gardé toujou' l'même coutiau itou. J'ons seulement changé 3 foués la lame et 2 foués l'manche, mais c'es toujou' l'même coutiau. Anqu' mon coutiau j'ons chagrotté l'pied de c't'asparge; j'ons chagrotté su' tout un marais, traversé un foussé, passé sous une bouch'ture, r'traversé 3 marais, un foussé, un ch'min d'commune et encore 2 marais. Enfin, ouf, j'ons trouvé l'bout! Anque la même asparge, j'en ons fait 14 cagettes; comme quoué, vous voyez qu'nos marais, i' sont bons !

Pour vous en finir, à c'te réunion sur la culture, certains avaient apporté le produit d'yeux marais ou d'leurs ouches. Y avait beaucoup d'poires. Face à face, deux par deux, i' s'échangeaiit yeu poire.

I'-z-étaient v'vus anque une poire, y r'partaint anque une poire. UN égale UN.

Mais Gabriel Monnet, l'directeur d'la Maison d'la Culture, qui perdait pas l'nord, leur a demandé de raconter une histouère. Chacun a raconté UNE histouère. Donc,  ainsi, chacun est r'parti anque PLEIN d'histouères.

C'est-i' pas biau, c'te mathématique d'la Culture !?”


> Albert Nanciau (Michel Pinglaut pour les intimes).


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