Assange extradé aux USA, ou, le jour où le journalisme est mort.

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Malgré les appels de virtuellement toutes les organisations de défense des droits de l’homme, de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, d’organisations et de syndicats de journalistes, Priti Patel (ministre de l’Intérieur britannique) vient de signer l’extradition de Julian Assange. La défense a 14 jours pour faire appel. L’appel peut être refusé. 
Je reproduis ici cet article de Victor Dedaj publié par Le grand soir, un article que j’aurais été fier d'avoir su écrire....

Il s’agit d’une grande victoire pour la presse institutionnelle qui a tout fait pour réduire "la plus importante affaire de presse de notre existence" (a dit John Pilger *) en un vulgaire faits divers. Une presse qui a relayé pendant plus de dix ans tous les mensonges, calomnies et légendes urbaines qui ont servi d’écran de fumée pour occulter les vrais tenants et aboutissants. Le résultat fut celui qui avait été prévu et planifié dès 2010 : faire disparaître le cas Assange de la conscience collective et procéder à l’élimination - médiatique si possible, physique si nécessaire - du journaliste le plus innovant, primé, efficace et dangereux (pour les pouvoirs corrompus) du 21ème siècle.

Une presse si prompte à faire du "fact-checking" lorsqu’il s’agit de sauver un récit officiel mais si absente lorsqu’il s’agit de sauver le représentant le plus conséquent de notre droit de savoir. Des accusations de viol (qui n’ont jamais existé) jusqu’aux pseudos "mises en danger" de vies, en passant par la qualité de ses chaussettes, rien ne lui aura été épargné. Avec une mention spéciale pour tous ceux qui ont collaboré et profité et gagné de petites fortunes sur le dos de Wikileaks, et qui n’ont pas trouvé une once de courage - ou de volonté ? - pour exprimer leur solidarité avec lui.

Et comme à chaque fois que le nom de Julian Assange apparaît dans les fils de l’actualité, on assistera à un défilé de trolls en mission, dont certains sont munis d’une carte de presse, qui nous asséneront leurs conneries habituelles. Je serais tenté de dire que l’Histoire leur sera ingrate, mais encore faut-il que l’Histoire ne soit pas réécrite au passage, comme ils l’ont déjà fait et comme ils sont encore en train de le faire.

Bien-sûr, ils diront qu’en ce qui concerne Assange et Wikileaks, il ne s’agissait pas vraiment de journalisme et que la presse institutionnelle sera toujours là pour nous informer correctement. Mais que voulez-vous que la presse des milliardaires dise d’autre ?

Le journalisme est mort non pas au fond d’un cachot, non pas d’une balle dans la tête, non pas dans l’explosion d’une voiture, ni même découpé dans une ambassade saoudienne. Il est mort le jour où il a choisi la complicité en laissant filer en silence et vers l’oubli le meilleur d’entre eux.

> Viktor Dedaj. Le Grand Soir. 17 juin 2022. >>> Lien. 
> Le communiqué de Wikileaks contre l’extradition de Julian Assange :  >>> Lien.

Communiqué de WikiLeaks contre l’extradition de Julian Assange.

C’est un jour sombre pour la liberté de la presse et la démocratie britannique. Quiconque se soucie de liberté d’expression dans ce pays devrait être profondément honteux que la ministre de l’Intérieur ait approuvé l’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, le pays qui a envisagé de l’assassiner.

Julian n’a rien fait de mal. Il n’a commis aucun crime, ce n’est pas un criminel. Il est journaliste et éditeur, il est puni pour avoir fait son travail.

Priti Pratel (ministre de l’Intérieur britannique) avait le pouvoir de bien faire. Au lieu de cela, elle restera à jamais dans les mémoires comme une complice des États-Unis dans leur volonté de faire du journalisme d’investigation une entreprise criminelle. Des lois étrangères fixent désormais les limites de la liberté de la presse dans ce pays et l’œuvre de journalisme qui a reçu les prix les plus prestigieux de la profession a été considérée comme une infraction méritant l’extradition et une peine de prison à vie.

Le chemin vers la liberté de Julian est long et tortueux. Le combat ne s’arrête pas aujourd’hui. C’est seulement le début d’une nouvelle bataille judiciaire. Nous allons faire appel selon la procédure en vigueur, le prochain appel sera formé devant la Haute Cour. Nous nous battrons plus fort et protesterons plus haut dans les rues, nous nous organiserons et ferons connaître de tous l’histoire de Julian.

Ne vous y trompez pas, il s’agit depuis le début d’une affaire politique. Julian a publié des preuves que le pays qui cherche à l’extrader a commis des crimes de guerre et les a dissimulés ; qu’il a torturé et livré des prisonniers en dehors du cadre légal ; qu’il a corrompu des responsables étrangers ; et vicié des enquêtes judiciaires sur des méfaits états-uniens. Leur vengeance consiste à essayer de le faire disparaître dans les recoins les plus sombres de leur système carcéral pour le restant de ses jours, afin de dissuader les autres de demander des comptes aux gouvernements.

Nous ne laisserons pas faire cela. La liberté de Julian va de pair avec toutes nos libertés. Nous allons nous battre pour rendre Julian à sa famille et recouvrer la liberté d’expression pour nous tous.

 WikiLeaks. Samedi 18 juin 2022.

  • John Pilger a été correspondant de guerre au Viêt-nam, au Cambodge, en Égypte, en Inde, au Bangladesh et au Biafra. Son film, Année Zéro, au retentissement mondial attira l'attention sur les crimes des Khmers rouges au Cambodge. 
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