8 mars, journée des droits des femmes. Israël veut faire taire Ahed Tamimi.

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Devançant les célébrations de la journée internationale des droits des femmes, un peu partout, la parole des femmes se libère et les victimes d’agressions sexuelles s’expriment au grand jour (et il y a encore de nombreux domaines où leur prise de parole reste à venir). Mais il y a les femmes que l’on fait taire en les emprisonnant, comme la jeune Ahed Tamimi dont le procès à huis clos s’est ouvert le 13 février et reprend le 11 mars en Israël.

En janvier dernier, Ahed Tamimi a été accusée d’agression et d’incitation après avoir giflé deux soldats israéliens lourdement armés qui refusaient de quitter la cour de sa maison dans le village de Nabi Saleh, près de Ramallah, en Cisjordanie. Sa mère, Nariman, est en détention pour avoir filmé l’incident. Puis, la vidéo a fait le tour du monde sur le web.
Le gouvernement d’Israël ne supporte pas la médiatisation d’Ahed et de sa famille, et veut faire un exemple. Contre elle, le procureur du tribunal militaire a requis douze chefs d’inculpation. Le procès politique qui est mené contre Ahed, sa mère Nariman et sa cousine Nour âgée de vingt ans vise à dissuader ceux qui résistent à l’occupation de l’État d’Israël.

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L’enfance et l’adolescence de Ahed sont marquées par l’occupation israélienne et par la résistance. La famille Tamimi est reconnue en Palestine pour son action contre l’occupation à commencer par la lutte contre la colonie israélienne qui fait face à leur village de Cisjordanie, Nabi Saleh (situé entre Tel Aviv et Jérusalem). Il faut savoir qu’en 2009, une colonie israélienne s’approprie des terres et une source d’eau appartenant à ce village agricole ! Les habitants de Nabi Saleh résistent et organisent depuis des marches hebdomadaires de protestation auxquelles Ahed participe. Ces marches de protestation tournent régulièrement à la confrontation avec l’armée israélienne qui les accueille avec des gaz lacrymogènes, des balles caoutchouc-acier et des balles réelles. La famille Tamimi est à la pointe de la contestation. Arrêté de nombreuses fois, le père d’Ahed, Bassem Tamimi, cinquante ans, en est un des leaders. Nariman, la mère d’Ahed a déjà été interpellée à cinq reprises. 

C’est ce contexte qui explique le profond sentiment d’injustice et l’indignation ressentis par Ahed Tamimi, les membres de sa famille et tout le village de Nabi Saleh. Il n’est pas besoin d’être “manipulé” pour le partager leur révolte. Et ce que nos médias ne disent pas, c’est que la jeune fille, filmée en train de s’en prendre à des soldats israéliens, hurlait sa colère après les avoir vus tirer froidement sur son cousin de quatorze ans, Mohammed Tamimi.
Quand on demande à Bassem Tamimi s’il a sacrifié l’enfance de sa fille pour la cause, il déclare : “Ahed n’a jamais voulu être une icône, mais la situation l’a amenée à le devenir. La résistance n’est pas un choix, c’est une responsabilité. Oui, j’ai entraîné mes enfants pour résister. Mais s’il n’y avait pas l’occupation, j’enverrai ma fille à son cours de danse”.

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Bassem Tamimi n’a pas beaucoup d’espoir sur l’issue du procès politique qui vise sa fille et sa famille. Pour les mineurs, le gouvernement Israélien admet le jet de pierres comme un délit passible de neuf mois de prison ferme. Mais en territoire palestinien occupé, la loi militaire d’Israël s’applique et décrète qu’un adulte peut encourir pour ces mêmes faits jusqu’à vingt ans de prison.

> Pourtant, en France, les médias n’accordent pas à Ahed le soutien enflammé qu’ils réservent aux manifestants pour la démocratie dans des pays comme la Tunisie, la Chine, l’Égypte ou l’Iran….

Une chaîne vient de repasser l’extrait d’un JT de France 2 vieux de deux ans où, l’ancien présentateur David Pujadas présentait un reportage sur Ahed Tamimi, alors adolescente âgée de quinze ans : “L’image est une arme au moins aussi efficace que les fusils. Celle-ci a fait le tour du monde. Regardez, des boucles blondes, un visage d’ange. Héroïne ou enfant manipulée ? La fabrique d’une histoire... ”

Le téléspectateur découvre alors un montage, des image travaillées et  composées. Il faut comprendre que derrière les “boucles blondes, visage d’ange”, que derrière ce visage lumineux, se cache peut-être toute la manipulation palestinienne à l’occupation, qui se sert d’enfants pour mener sa lutte de libération… Et la sentence tombe : “Alors, adolescente manipulée ou caractère bien trempé…" ?  Après une telle “information” le téléspectateur a-t-il le choix d’une opinion ? Le public est placé devant à une enfant/diablesse déguisée en ange, aussi redoutable et dangereuse qu’une armée de terroristes !
Pourtant, monsieur Pujadas connaît la situation du village de Nabi Saleh et les raisons de la révolte de ses habitants. Alors, à quoi jouait-il en préparant cette séquence ?

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En Israël, des propos haineux s’abattent sur la jeune fille, comme ceux du ministre de l’éducation Naftali Bennett, représentant des intégristes religieux, qui demande qu’Ahed et sa famille “passent le restant de leurs jours en prison”. Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, déclare qu’elle et sa famille devraient “avoir ce qu’elles méritent”, et le journaliste Ben Caspit dit qu’Israël devrait “lui faire payer le prix à un autre moment, dans le noir, sans témoin ni caméra”. De son côté, le député du Likoud Oren Hazan, déclare qu’à la place des soldats, il aurait "envoyé ces petites terroristes à l’hosto le plus proche”…. 

> Ce qu’Ahed dénonce avec la la beauté et la détermination de sa jeunesse, c’est la laideur de l’occupation et la violence de l’armée. Elle possède le même courage que les victimes d’agressions sexuelles pour témoigner et accuser. Elle est au cœur de la lutte pour les droits de toutes les femmes, des droits qui sont incompatibles avec toute occupation militaire. 

Le progrès en faveur du droit des femmes ne s’arrête pas le 8 mars, il continue avec la libération d’Ahed Tamimi.

> Pétition : libérez Ahed Tamimi. >>> Lien.


> Sources. France Palestine. Ahed Tamimi et les femmes dans la résistance palestinienne. >>> Lien. 
Wikipedia. Ahed Tamimi.
>>> Lien. 
Middle East Eye. L’odieuse désinformation de France Télévision dans ses JT. >>> Lien. 
Sputnik. Ahed Tamimi: le visage des 330 mineurs palestiniens emprisonnés par Israël. >>> Lien. 

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