La Borne. Berlaudiot a encore raison. | gilblog-archives. | Jean Pierre Gilbert >

Berlaudiot a encore raison.


Les nouvelles histoires de Berlaudiot.


Berlaudiot-moutarde

Berlaudiot a toujours raison. Si la Huguette al’est pas de son avis, y d’vient raid’ coum un poteau d’sens interdit et y répond qu’c'est lui seul qui dit vrai. 

À La Charnivolle, sa réputation est faite. Et vous, vous avez ti essayé d’y prouver qu'il a tort ? ...Essayez pas, malheureux ! Il est pas prêt d’arbuter ! Il rejettera tout : vos arguments tomberont en poussière et couvriront vos sabiots jusqu’aux g’noux. Berlaudiot ne peut pas se tromper. Pas lui. Ça ne lui arrive jamais. Et vous aurez beau faire, beau dire et beau démontrer, ça ne servira à rien….

Un matin la Huguette rentre à la maison après les courses.

Eh Berlaudiot ! J’son passée d’vant l’champ d’colza à Étienne Babillot, il est tout fleuri et tout jaune. On peut bin dire qui s’voit d’loin son colza !

Bin, Huguette, c’est pas du colza c’est d’l’a moutarde qu’il a s’mé l’Étienne ! Du colza, lavou don qu’t’as trouvé un machin pareil ? Huguette, t’es vraiment incroyab’ !

Berlaudiot veut lui démontrer qu’elle se trompe. Il lui parle doucement pour commencer, comme on parle à une bazagna. Mais ça dure pas longtemps. Après, y s’emballe et y d’vient fâché coumme une talune.

Je l’sais bin bin que l’colza et la moutarde c’est pas la même chose. Même que j’ l'ai lu l’aut’ jour dans Rustica. Question science, Rustica c’est sérieux, répond la Huguette.

Berlaudiot n'a pas lu Rustica. Mais il possède une confiance en lui qui écrase tout, le dictionnaire Larousse et l’Académie avec. Ça y met l’nombril plus haut qu’les oreilles. Il est enzâné, y d’vient bavard comme une pie borgne, il a pas b’soin d’lire ou d’vérifier. Y sait. Point.

Avec une moue dédaigneuse, il répond à Huguette :

"Tss ! C'est vraiment n'importe quoi... La moutarde alle est jaune, toutes les moutardes alle sont jaunes. On dit bin : “jaune moutarde" tout d’même ! C’est pas pour de rin.  Et pi tout l’monde y l’sait !

“Tout le monde”, ça veut dire moi Berlaudiot. Il faut dire qu’il invoque souvent “tout le monde”, la population de La Charnivolle, et même la terre entière. Et “tout le monde” est toujours de son avis.

Si par malheur la Huguette lui montre l’image de la fleur de colza à coté de la fleur de moutarde, rien que pour voir, il va y en vouloir, vous avez pas idée. Et pi ça va durer jusqu’à la grosse nuit !

Bin voyons ! Tu veux toujours avoir eul’ dernier mot ! Et qui c'est qu’avait raison l’aut’ foué ? Et pi j’vois pas pourquoi j’me donne tant d’mal ! V’la qu’à confond l’colza avec la moutarde. Mon Dieu faut ti, faut ti !

La Huguette al’a son point de vue, mais ça sert de rin, il en démordra pas. Et rin le f’rait changer d'avis, même si tout les lauréats du comice agricole étaient d’vant lui en habit anc’ toutes yeux médailles cousues su’ yeux poitrine. La Huguette a connaît son Berlaudiot et a sait bin qu’a pourra pas gagner la partie.

Alors, alle le laisse dire. D'ailleurs, bin souvent, c'est coumme ça qu’alle en vient à bout. À y dit : Si tu veux, Berlaudiot…..

Décontenancé, Berlaudiot répète son affaire une dernière fois :

Du colza dans l’champ à Babillot, c'est ridicule, ça l'existe pas !

Si tu veux, Berlaudiot, si tu veux.

J’sais bin c’que j’dis tout d’même ! Et pi, on peut jamais causer avec toué !

Si tu veux… dit encore la Huguette pour l’accoiser.

Alle est même pas étonnée quand il conclut : 

Ah les femmes c’est coumme les pendules, faut pas les chabroter l’dimanche si tu veux qu’à marchent en s’maine !


> Si le sens d’un mot vous échappe, vous le trouverez dans le glossaire du parler berrichon de gilblog.  >>> Lien.