Reuilly. Marius Jacob, anarchiste-cambrioleur, inspirateur d'Arsène Lupin. 

"J’ai compris toute la puissance morale de ce préjugé : se croire vertueux et intègre parce qu’on est esclave."  [Alexandre Marius Jacob].


Marius-Jacob-1905

Il faut visiter à Reuilly le petit "musée" (en réalité une salle) consacré à Marius Alexandre Jacob. Située dans un des bâtiments de l'Office de tourisme, cette exposition modeste mais très riche d'informations (et de quelques pièces originales), vaut le détour. Malgré une cruelle absence de moyens et de scénographie (dommage), c'est un ensemble très documenté conçu avec soin par un habitant de Reuilly qui a connu Jacob. 

Personnage hors du commun, Marius Jacob était un anarchiste cambrioleur mythique plein d'audace dont les nombreux vols effrayèrent le bourgeois dans les années 1900. Sans parler des déclarations cyniques qu'il fit lors de son procès qu'on peut lire dans l'exposition (extraits en bas de page). Son histoire et ses exploits méfaits ont inspiré de nombreux feuilletonnistes, et notamment Maurice Leblanc (qui assista au procès), pour le personnage d’Arsène Lupin. 

Maison-Marius-Jacob

Sensibilisé dès sa jeunesse aux idées anarchistes et libertaires, Marius Jacob (1879-1954), refuse la violence que pratiquent certains comme Ravachol. Il prône "l’illégalisme pacifiste" qu'on pourrait résumer ainsi : puisque la propriété c'est le vol, volons les bourgeois et redistribuons aux pauvres ! Sa vie foisonnante d'aventures, ses écrits, son sens de la formule et son esprit caustique, la force de sa relation avec sa mère, et surtout sa révolte, en font un personnage exceptionnel impossible à décrire en quelques lignes.

Le 31 mars 1899, Marius Jacob et deux compères déguisés en commissaire de police et ses inspecteurs se présentent chez un commissionnaire au Mont de Piété de Marseille et l'accusent de recel. Durant trois heures, ils font l'inventaire du matériel en dépôt, l'inscrivent sur papier à en-tête de la Préfecture de police et arrêtent le malheureux. Ils confisquent le matériel comme pièces à conviction, puis ils  menottent l'homme et le  conduisent au Palais de Justice. Ils partent en empochant un butin de quatre cents mille francs. La France entière s'esclaffe à la lecture des journaux qui relatent ce vol....

Marius Jacob, avec son équipe "les travailleurs de la nuit", réalisera de 1900 à 1903 entre cent cinquante et cinq cents cambriolages aux dépens de membres du clergé, de la noblesse et de la magistrature, car il s'érige en punisseur des riches. Le produit des vols sert notamment à financer des oeuvres libertaires, aider des familles d'amis envoyés en prison et d'autres "redistributions". Capturé à Abbeville en 1903, Jacob est jugé à Amiens lors d'un procès très médiatisé (déjà !), il est condamné à vingt ans de bagne à Cayenne. Après plusieurs tentatives d’évasion et la fermeture des bagnes il finit sa peine en France, il est libéré en 1927. Il continue à soutenir la cause des anarchistes : il milite contre l’exécution de Sacco et Vanzetti. En 1936, il va en Espagne pour lutter contre le coup d'État de Franco puis revient ensuite en France. Il s’installe à Reuilly en 1939 où il exercera paisiblement et modestement le métier de marchand forain en bonnetterie Il ne participe pas à la Résistance (il a déjà soixante ans et une mauvaise santé…). Après la guerre, il fréquente toujours les milieux libertaires.

C'est à Reuilly qu'il met fin à ses jours le 28 août 1954. Il offre un goûter à des enfants du village et un tour dans sa vieille torpédo. Puis il s'injecte de la morphine après avoir  laissé un dernier message : "Pour le cercueil adressez vous à monsieur Blanchet, prière de lui recommander l'ampleur côté pieds, j'ai des cors. Pour la fermeture du caveau adressez vous à monsieur Laplantine, avec lui pas de risque d'évasion à redouter.  Pour le constat de décès, faites appeler ce brave docteur Appart. N'ayant ressuscité personne, j'aime à croire qu'il n'innovera pas avec moi. Amen ! Linge lessivé, rincé, séché, mais pas repassé. J'ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de rosé à côté de la paneterie. À votre santé".
Dernière ironie, cette année 1954, Jules Dassin reconstitue avec une précision documentaire le coup du parapluie de Marius Jacob as de la cambriole, dans son film "Du rififi chez les hommes".

> Extraits de la déclaration de Marius Jacob à ses juges en 1905.
"Le travail est le propre d'une société, c'est-à-dire l'association de tous les individus pour conquérir, avec peu d'efforts, beaucoup de bien être. Est ce bien l'image de ce qui existe ? Vos institutions sont-elles basées sur un tel mode d'organisation ? La vérité démontre le contraire. Plus un homme travaille, moins il gagne ; moins il produit, plus il bénéficie. Le mérite n'est donc pas considéré. Les audacieux seuls s'emparent du pouvoir et s'empressent de légaliser leurs rapines. Du haut en bas de l'échelle sociale tout n'est que friponnerie d'une part et idiotie de l'autre. Comment voulez vous que, pénétré de ces vérités, j'aie respecté un tel état de choses" ? 

"Dès que j'eus possession de ma conscience, je me livrai au vol sans aucun scrupule. Je ne coupe pas dans votre prétendue morale qui prône le respect de la propriété comme une vertu, alors qu'en réalité, il n'y a de pires voleurs que les propriétaires".

"Si je me suis livré au vol, ça n'a pas été une question de gains, mais une question de principe, de droit. J'ai préféré conserver ma liberté, mon indépendance, ma dignité d'homme, que me faire l'artisan de la fortune d'un maître. En termes plus crus, sans euphémisme, j'ai préféré être voleur que volé".

"S'il y a vol ce n'est que parce qu'il y a abondance d'une part et disette de l'autre; que parce que tout n'appartient qu'à quelques uns. La lutte ne disparaîtra que lorsque les hommes mettront en commun leurs joies et leurs peines, leurs travaux et leurs richesses ; que lorsque tout appartiendra à tous".

À savourer mais "avec modération", et à ne pas imiter.... ce serait illégal !

> Photos. En haut : Marius Alexandre Jacob en 1905. En dessous : sa modeste maison à Reuilly.


> Office de Tourisme de Reuilly. 5 rue Rabelais 36260 Reuilly. 02 54 49 24 94
Courriel : otsireuilly@wanadoo.fr  Site web : http://www.ot-reuilly.fr/
Du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h (fermé lundis et jours fériés).

Wikipedia. Marius Jacob.   >>> Lien.

Site web consacré à Marius Jacob.  >>> Lien.

> Travailleurs de la nuit, par Alexandre Marius Jacob (réédition). Éditions l'Insomniaque. Format poche. 10 euros. 

Alexandre Marius Jacob. Pourquoi j'ai volé. Au format Kindle : 0,99 euros chez Amazon.

Alexandre Marius Jacob, écrits. Deux volumes. Éditions l'Insomniaque. Édité en 2000.

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