Une Tribune libre de François Lerat : l’Art à Bourges en 2016.

utopie-nuage


Les activités culturelles représentent en France une valeur économique supérieure à celle de l’automobile. Bourges, capitale du Berry est elle dans la course ? On pourrait le croire tant ses atouts sont importants. Des démarches privées exceptionnelles ponctuent son territoire, telles que le Printemps de Bourges pour la chanson, la friche de "L’Antre-Peaux" pour le son et l’image et d’autres créations contemporaines, l’association "Médina" pour les cultures méditerranéennes,  le "Théâtre Saint Bonnet" pour le piano, etc. L’Ecole nationale (l’une des cinq écoles nationales) supérieure d’art est située dans son centre historique. Elle accueille  au cours d’un cycle de 5 ans, 250 étudiants français et étrangers. Sa cathédrale classée au patrimoine mondial est un point de passage obligé des amateurs de l’époque gothique et  le palais Jacques Cœur pour ceux qui s’intéressent à la Renaissance. Ces deux monuments drainent près de 600 000 visiteurs par an. Des institutions municipales telles la médiathèque, le muséum d’histoire naturelle et le conservatoire de musique sont des lieux d’une rare qualité pour une ville de 68 000 habitants.

A coté de ces atouts, il y a de vraies friches, l’ancienne maison de la culture que sa programmation hors les murs sauve du naufrage, des musées à l’abandon dont les réserves regorgent de trésors, des bâtiments historiques comme l’ancien hôpital, le couvent des Augustins ou des gisements archéologiques méconnus. Cette situation désolante vient de l’absence de volonté politique des municipalités depuis longtemps. Les activités culturelles pèsent sur son budget et lui rapportent peu.

Pourtant à 30 kilomètres, à La Borne un exemple initié en 1940 nous interpelle. François Guillaume, marchand éclairé d’art décoratif à Bourges a en pleine guerre avec trois misérables ateliers d’artistes   replacé  ce  territoire dans l’art du XXème siècle. L’aventure continue aujourd’hui grâce à la volonté impressionnante d’un ensemble d’artistes, d’une pauvre communauté de communes et d’un conseil général impécunieux….

Aujourd’hui, 15 mars 2014, j’ai fait un rêve….

Juin 2016, je suis à la gare de Bourges pour attendre deux jeunes amies de mes filles. Elles arrivent au train de Paris à 9h14 grâce au forfait "SNCF avec Bourges". La ville et ses environs sont devenus une référence pour tous les amateurs d’art. Elise voudrait acheter une sculpture pour son bureau. Marie voudrait une cape de haute couture. Nous avons préparé un circuit et retenu un restaurant réputé pour ses produits locaux. Elles doivent reprendre le train de 20h.

A la gare à l’arrivée du train, c’est une joyeuse cohue de personnes de tous âges venues pour affaire, les uns pour visiter l’exposition "Surfaces sensibles" qui se tient dans la nouvelle maison de la culture, d’autres prennent les clés de leur voiture électrique pour aller à la Borne bénéficier de la semaine des ateliers ouverts.

La  municipalité élue le 30 mars 2014 a décidé de faire de Bourges la  cité des arts et de ses métiers pour le XXIème siècle. Elle a mobilisé ses habitants et quelques experts renommés pour tisser une nouvelle économie, pour créer un art de vivre à partir de son histoire et de ses savoir-faire. La ville est dotée des meilleurs moyens de communication informatique lui donnant une visibilité mondiale. Elise et Marie  ont bien parcouru les sites d’information et me font rougir de mes lacunes. 

Marie est surprise par l’animation du centre ville qu’elle ne pensait pas trouver dans cette province endormie. En effet les 4000 étudiants de l’enseignement supérieur aiment se retrouver dans le centre ville lorsque leurs études leur en laisse le temps. L’Ecole nationale supérieure d’art qui a bénéficié d’un doublement de ses effectifs depuis les années 90 grâce à l’Etat et la région Centre en est le moteur. La formation nouvelle, en lien avec l’antenne de l’université de droit, des "commissaires d’exposition" anime divers lieux privés ou publics avec des présentations artistiques renouvelées qui parfois nous étonnent. 

Elise a trouvé la rue de sa créatrice de mode. Nous passons un porche et nous découvrons une architecture moderne qui met en valeur un mur à pans de bois du XVème. Nous pénétrons dans une grande pièce où deux couturières et un apprenti s’affairent. Des penderies proposent les créations où parfois sont recyclés des tissus anciens. La propriétaire nous explique qu’elle a négocié une location vente pour son atelier et un petit appartement réalisés par la société "Bourges-AR" à partir de deux appartements inoccupés. Elle apprécie le bâtiment à énergie positive. Elise repart avec sa cape et un gilet tout à fait tendance !

Après le repas nous visitons le pôle muséographique et technique de la céramique. C’est le premier prévu  pour valoriser les matériaux (fer, argile, bois, verre, biomatériaux, les fibres, etc.), les métiers (design, graphiste, construction, etc.) et les concepts de proximité des ressources naturelles ou de développement circulaire. Ces petites structures spécialisées  sont gérées de façon autonome avec l’appui de mécènes, de quelques fonds publics, d’institutions et de leurs adhérents. Elles devraient occuper progressivement une partie des vingt bâtiments sous utilisés qui seront modernisés avec les techniques les plus innovantes. Pour la céramique une exposition constituée à partir d’œuvres mise en carton par la précédente municipalité, de donations ou de prêts temporaires de grandes institutions nationales permet de découvrir les richesses des créations locales et internationales. Les salles de formation et de travail sont occupées par les étudiants spécialisés de l’Ecole d’art, des habitants qui se frottent à l’argile, des artistes en résidence qui trouvent là un lieu pour la réalisation de leur projet.

Marie nous entraine à proximité  dans une galerie privée qui présente des grès et des photographies contemporaines. Après quelques hésitations, elle retient un grand panneau en grés émaillé réalisé à La Borne. L’argile vient d’un gisement récemment découvert et testé par des géologues et des potiers. Elle achète aussi une petite photographie où l’on voit une racine inopportune traverser cette belle argile blanche. Le panneau lui sera livré la semaine prochaine.

Elise et Marie sont ravies de leur promenade….

Un grand bruit d’oiseaux m’envahit. Le rêve s’estompe. Le soleil va se lever. Encore quelques jours à attendre…

> Jean-François LERAT habitant de Bourges et né à La Borne le 25 août 1946. 


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