Gabriel Ranvier, le berrichon qui a proclamé la Commune.

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On célèbrera l’an prochain le 150e anniversaire de la Commune de Paris-1871. Pour vous mettre dans le coup, gilblog qui a déjà consacré plusieurs pages à cet événement mal connu, présente aujourd’hui une nouvelle figure de la Commune…. 

Le 28 mars 1871, deux cent mille Parisiens se rendent à l’Hôtel de Ville pour installer leurs nouveaux élus. Les chants éclatent, les musiques jouent la Marseillaise et le Chant du Départ, les clairons sonnent. Gabriel Ranvier, maire du vingtième arrondissement (et berrichon né à Baugy), proclame la Commune. Mais qui est donc Gabriel Ranvier ?

Gabriel Ranvier, naît le 8 juillet 1828 à Baugy, il est le troisième enfant du cordonnier du village Paul Ranvier, lui-même fils de cordonnier, et de Marie Gagneux son épouse. Gabriel est d’abord employé, à sa sortie de l’école primaire, chez l’huissier de Baugy, dont le maire écrit le 24 juillet 1875 : ”Je puis dire qu’il [Ranvier] appartenait à une excellente famille, laquelle famille n’existe plus aujourd’hui, et que lui-même jouissait d’une bonne réputation avant son départ”. Employé à Bourges chez un avoué, il le quitte vers 1847 ou 1848 et monte à Paris. Depuis longtemps, il montre des dispositions pour le dessin…

Gabriel Ranvier apprend le métier d’ouvrier décorateur sur laque à Paris et crée son entreprise artisanale, mais fait faillite en 1864 parce qu’un de ses ouvriers a reproduit, à son insu, un dessin propriété d’éditeur, et que Ranvier ne peut payer. 

À la fin de l’Empire, Gabriel Ranvier est condamné à quatre ans de prison pour infraction à la loi sur les réunions, puis libéré le 4 septembre 1870.

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Jules Vallès, dans L’Insurgé, le décrit ainsi : ”Ranvier. Un long corps maigre au haut duquel est plantée, comme au bout d’une pique, une tête livide, qu’on croirait coupée s’il baissait les paupières […] Telle est, au repos, la physionomie de Ranvier [...] Mais qu’il ouvre la bouche et qu’il parle, un sourire d’enfant éclaire son visage et la voix, éraillée par la phtisie, est sympathique avec son reste d’accent berrichon et son arrière-goût de lutrin […] Sobre, buvant des sirops pour trinquer avec les buveurs de vin ; mangeant mal pour laisser sa part aux autres ; pouvant à peine, en passant les nuits, arriver à nourrir six enfants qui poussent autour de lui, sans mère. Elle est morte, après avoir été l’éducatrice de son mari”.

Pendant le Siège de Paris par les Prussiens, Ranvier est élu commandant du 141e bataillon de la Garde nationale. Il organise avec Gustave Flourens la journée révolutionnaire du 31 octobre et est révoqué.

Blanquiste, franc-maçon, membre de l’Internationale, membre du Comité central de la Garde nationale fédérée, figure socialiste connue dans le quartier de Belleville, il est candidat socialiste aux élections législatives du 8 février 1871. Le 18 mars, à la tête des bataillons de Belleville, il se joint aux fédérés de Montmartre. Ils s’emparent de l’Hôtel de Ville vers 10 h 30 du soir et font hisser le drapeau rouge. Le 26 mars il est élu du vingtième arrondissement de Paris et maire de cet arrondissement.

Le 28 mars 1871, deux cent mille Parisiens se rendent à l’Hôtel de Ville pour installer leurs nouveaux élus. Les chants éclatent, les musiques jouent la Marseillaise et le Chant du Départ, les clairons sonnent. Gabriel Ranvier proclame la Commune : “Au nom du peuple, la Commune est proclamée ! Citoyens, j’ai le cœur trop plein de joie pour prononcer un discours. Permettez-moi seulement de glorifier le peuple de Paris pour le grand exemple qu’il vient de donner au monde”.

Les semaines qui suivent, Ranvier participe à l’œuvre sociale et politique de la Commune.… Des semaines d’activité fiévreuse…

Pendant la “Semaine sanglante” l’armée versaillaise refoule les forces de la Commune vers l’est de la capitale. Ranvier montre une énergie superbe dans les batailles. “Il fut, dit Lissagaray, pendant cette agonie, l’âme de la Villette et de Belleville, poussant les hommes, veillant à tout”. Gabriel Ranvier réussit à échapper à la répression versaillaise et à fuir à Londres où il trouve un travail de peintre sur porcelaine. (Son fils Henri n’aura pas cette chance, emprisonné à 14 ans à peine à Versailles, il est victime des mauvais traitements infligés aux prisonniers et notamment du geôlier-chef Marcerou. Le scandale éclate en 1880 dans la presse, mais l’enquête officielle avorte). 

Le 23 novembre 1871 et le 14 juillet 1874, Gabriel Ranvier est condamné par contumace par les versaillais à 20 ans de travaux forcés, puis à mort, pour complicité d’incendies volontaires, destruction et pillage de l’hôtel de monsieur Thiers, par les 4e et 5e conseil de guerre de Paris et Versailles. 

En 1879, un mois après son retour à Paris, il meurt, épuisé par ses luttes et la maladie, à l'âge de 51 ans. Henri, son fils suit le chemin paternel et sera élu municipal socialiste dans le quartier de La Roquette en 1900, 1904 et 1908.

Enfin, en février 2014, à l’initiative des Amis berrichons de la Commune de Paris, la municipalité de Baugy a créé et inauguré un espace public “Gabriel Ranvier”, en présence de ses descendants et de membres de l’association des Amis de la Commune. 

> Lire dans gilblog: La Commune de Paris et les berrichons. >>> Lien.

> Sources : Bernard Noël: Dictionnaire de la Commune. Archives départementales du Cher. Amis berrichons de la Commune. Dictionnaire Maitron. Ma Commune de Paris, de Michèle Audin. .

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