Bourges, des migrants toujours sans abris et sans repas.

Depuis la page de gilblog “Bourges. À la rue la nuit et au froid….” en janvier de cette année, la situation des réfugiés sans abri n’a guère changé dans la capitale berruyère. En réaction, plusieurs associations appellent à participer à une nuit de solidarité avec les demandeurs d’asile, mardi 20 juin à Bourges sous l’auvent de la mairie de Bourges (Comité de vigilance pour la défense des droits des étrangers, CODAC (Comité On Dort au Chaud), Amnesty International, Emmaüs, la Coordination du Berry pour le droit d’asile). 

Les associations recensent une quarantaine de personnes qui dorment actuellement dans les rues de la ville et ne se voient offrir, en raison de la rareté de l’offre d’hébergement, que des places “tournantes”, c’est à dire de temps à autre, par le dispositif d’hébergement d’urgence (le 115). Des demandeurs d’asile, parfois en cours de procédure depuis six mois, de nouveaux arrivants, des jeunes filles isolées, dont l’État se désintéresse complètement, sont reçues en France dans des conditions indignes et au mépris du droit d’asile.
En effet, malgré le droit français et européen, ces derniers ne sont plus pris en charge par l’État qui n’assume pas ses responsabilités, et sont ainsi condamnés à dormir dans les rues de Bourges. Ces carences locales se retrouvent au niveau national et confirment le traitement général qui est réservé aux migrants, ajoutent les cinq associations dans un communiqué. 

Et de rappeler l’article du Code de l’action sociale et des familles (CASF-article L.345-2-2) : “ Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence”,  auquel s’ajoute l’article 17 de la directive 2013/33 de l’Union Européenne : “Les États-membres font en sorte que les demandeurs aient accès aux conditions matérielles d’accueil lorsqu’ils présentent leur demande de protection internationale. Les États membres font en sorte que les mesures relatives aux conditions matérielles d’accueil assurent aux demandeurs un niveau de vie adéquat qui garantisse leur subsistance et protège leur santé physique et mentale”.
Ce droit n’est pas respecté en France aujourd’hui. La Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations du Cher (DDCSPP), qui gère l’accueil des migrants, objecte au droit la saturation du dispositif d’accueil. Pour les cinq associations berruyères, ce n’est pas  recevable : la Cour de Justice de l’Union Européenne juge que les situations de saturation des dispositifs d’accueil “ne peuvent pas justifier une quelconque dérogation au respect de ces normes” minimales (Cour de justice Européenne, 27 février 2014, affaire c- 79/13). Les associations s’épuisent à adresser aux tribunaux administratifs des référés libertés pour tenter de faire respecter ce droit, mais les préfectures ne s’exécutent que ponctuellement, laissant à la rue nombres de personnes, en toute indignité et non-respect du droit d’asile. 

Au cours de l’année 2016, le tribunal administratif d’Orléans a émis dix condamnations successives à l’encontre de la Préfecture du Cher, à cause de son refus d’accès aux conditions matérielles d’accueil prévues par le droit !

Aussi choquant et totalement inadmissible : depuis la fin de la trêve hivernale, les demandeurs d’asile, pourtant privés de toute ressource les trois à quatre premiers mois de leur séjour en France, et qui ont interdiction de travailler, n’ont accès ni a des repas, ni à de la nourriture (qu’ils ne pourraient d’ailleurs cuisiner, étant à la rue).
La maraude du soir et les petits déjeuners du Secours Catholiques sont stoppés depuis début avril et les très rares hébergés de l’asile de nuit ne reçoivent qu’irrégulièrement un ticket pour le restaurant social. Ceux qui dorment à la rue, c’est-à-dire la majorité, sont privés de tout secours alimentaire, alors que l’État a l’obligation légale de pourvoir aux besoins primaires des demandeurs d’asile ! 

La mairie et les associations caritatives locales, informées de cette situation de crise, et auxquels les cinq associations demandent de prendre des mesures d’urgence au titre de l’assistance à personnes en danger, restent silencieux et inactifs. Quel contraste avec l’attitude d’autres municipalités ou d’autres délégations locales d’associations qui bataillent pied à pied pour pouvoir fournir nourriture, soins et aide, dans d’autres villes françaises !
C’est ainsi qu’à Bourges, les demandeurs d’asile sans ressources sont pour l’instant totalement à la charge de quelques particuliers ! 

Aujourd’hui, nombre de citoyens s’émeuvent et souhaitent mettre l’État, c’est à dire la préfecture du Cher et la DDCSPP devant leurs responsabilités. Aussi, le 20 juin 2017, à 21h30, les cinq associations appellent tous les demandeurs d’asile laissés pour compte du droit à l’hébergement et à la nourriture, tous les membres d’associations et citoyens sensibles à cette indignité, de venir sous l’auvent de la mairie de Bourges. Ils et elles y passeront une nuit solidaire pour témoigner aux autorités le ras-le-bol des citoyens pour lesquels solidarité et droits de l’homme signifient encore quelque chose, conclut le communiqué. 


> Amnesty International, CODAC, Comité de vigilance pour la défense des droits des étrangers du Cher, Coordination du Berry pour le droit d’asile, Emmaüs. 


> Lire dans gilblog “Bourges.  À la rue la nuit et au froid….”. >>> Lien.

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