Le boycott est-il devenu illégal ? 

boycotts-panneaux

Vous n'avez plus le droit de d'écrire et publier "n'achetez pas de jouets fabriqués en Chine, État qui autorise le travail des enfants, réprime les tibétains et musèle les opposants", ou bien encore "n'achetez pas de pamplemousses d'Israël, protestez contre la politique brutale de son gouvernement envers les palestiniens". Ce serait une "provocation publique à la discrimination envers une nation" et vous pourriez être condamné à 45 000 euros d'amende et un an d’emprisonnement !

En effet, Michèle Alliot-Marie, au moyen d'une circulaire, a réactivé une loi tombée en désuétude depuis 1977 (infraction sur la discrimination économique, incroyable dans une démocratie). Elle prétend interdire l’un des moyens les plus anciens de la contestation par les citoyens : le boycott. La Chancellerie a eu cet argument extraordinaire : tout appel au boycott des produits d’un pays est une "provocation publique à la discrimination envers une nation".

Selon Benoit Hurel, du Syndicat de la magistrature, "La circulaire vient réactiver une loi qui pénalise la seule arme dont le consommateur dispose pour se faire entendre".  Conséquence, les citoyens sont privés du droit d'informer ceux qui ne le sont pas, et du droit d'agir par des moyens non violents, contre un scandale ici ou là dans le monde, ou l'abus d'une entreprise.


Donc, l'appel à boycotter les produits sud-africains à l'époque de l'apartheid aurait été susceptible de la même punition, si cette loi avait existé ? Et qu'en dit monsieur Estrosi qui serait une des premières victimes, lui qui demandait aux constructeurs automobiles Français de ne plus acheter à Molex, entreprise américaine ! On croit rêver !

En somme, pour Michèle Alliot-Marie les droits de l'Homme ne pèsent rien devant l'intérêt du commerce international, ce serait une entrave à la libre circulation des marchandises !

En réalité, il semble que cette circulaire est faite pour contrer le mouvement de boycott des produits de l'État d'Israël. La justice a récemment relaxé des militants qui avaient appelé au boycott des produits venant de cet état, alors pour empêcher que ce type de jugement se reproduise, Michèle Alliot-Marie a signé un document qui ordonne à la justice de sévir. En somme, une petite manoeuvre bassement politicienne.

Mais cette circulaire n'est elle pas plutôt une atteinte aux droits de l'homme et du citoyen ? 


Le boycott est-il illégal ? Absolument pas, puisqu’il vise à assurer le respect du droit. En effet, chasser les Palestiniens de leur pays en 1948 et refuser leur retour est illégal, affirme l’ONU. De même que construire un mur de séparation, prendre l’eau et les terres des territoires occupés est illégal. Devant ces illégalités, que fait la Ministre française de la justice ? Appelle-t-elle à sanctionner l’état qui les commet ? Empêche-t-elle l’importation en France des produits issus de ce vol des terres ? Non, elle menace ceux qui dénoncent ces illégalités ! 

Mais (tenez vous bien), Michèle Alliot-Marie déclare "Je n'accepte pas les appels au boycott de produits au motif qu'ils sont cashers ou qu'ils proviennent d'Israël"!  Argument tordu et bidon : en effet les citoyens et les associations qui appellent à boycotter les marchandises produites en Israël le font pour protester contre la politique dangereuse de l'actuel gouvernement de ce pays, et non parce qu'elles seraient casher ! Rappelons que l'ONU a condamné les actes du gouvernement d'Israël à plusieurs reprises. Chacun sait que le gouvernement de cet État occupe et colonise illégalement les territoires palestiniens et y pratique une espèce d'apartheid. Il asphyxie l'économie palestinienne par le bouclage des territoires occupés, et depuis juin 2007, il impose un blocus contre la population de Gaza. Il exporte illégalement avec l'estampille "made in Israël" les produits en provenance des colonies, au mépris des normes de traçabilité.


Et la Chine où l'on exploite les salariés qui produisent les produits dont nous sommes inondés, où l'on réprime ceux qui s'expriment, où la peine de mort est facile et où on exécute les condamnés d'une balle dans la tête (facturée à la famille) ? On n'aurait pas le droit d'appeler au boycott de ses produits ?

Et l'ouvrier smicard, menacé de licenciement économique, et qui appellerait à boycotter un produit fabriqué après délocalisation de son usine dans un pays du tiers monde ? Il pourrait être puni d'une amende égale à trente mois de son salaire !

Et ceux qui, indignés de la pollution du golfe du Mexique par la compagnie britannique BP, ont appelé à s'approvisionner chez d'autres  ? Pan ! Un an d'emprisonnement !


Un petit rappel historique ne ferait pas de mal à ce ministre. En 1930 en Inde, boycott du Royaume-Uni initié par Gandhi contre la colonisation. Boycott des produits de l’Afrique du Sud dans les années 70 par les militants anti apartheid. Boycott par la communauté homosexuelle américaine d’une marque de bière qui refusait d’embaucher les gays. Boycott des produits chinois en solidarité avec les tibétains. Boycott des produits israéliens par les militants palestiniens… Pour Michèle Alliot-Marie, ce ne sont pas des actions de protestation et d’émancipation, liés à l'exercice de la démocratie, mais d’associations de malfaiteurs en vue d’attenter à la bonne marche du commerce, donc du monde tel qu'elle le conçoit.


Enfin, il nous reste la faculté de le faire sans le dire en public, donc sans faire appel au boycott. Moi je boycotte les produits chinois, les fruits et légumes importés des antipodes, les fromages pasteurisés, le sucre dans la charcuterie, les émissions de télé nulles,  et personne ne m'empêchera de continuer à le faire... Le pouvoir de dire non en public nous est refusé, mais le pouvoir d'agir selon notre conscience, pas encore.

Eh bien, on n'est pas à la veille de voir  les "class actions" autorisées... En attendant, nous voici en liberté surveillée... 


Il y aura peut-être quelques députés intelligents et courageux pour demander l'abrogation de cette circulaire et de la loi de 1977... Après tout, c'est le parlement élu qui fait et défait les lois.


> Source :

http://www.liberation.fr/politiques/01012303092-il-est-desormais-interdit-de-boycotter


Un commentaire ?