Complotisme, fake news et fantaisie…

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Complotiste, conspirationniste. On peut observer aujourd’hui que ces termes sont employés pour exclure toute personne qui ne croit pas uniquement les vérités répétées par les médias, et qui exprime (à tort ou à raison) une opinion différente.

Une des origines du mot théorie du complot est (encore…) un truc états-unien. Il a été employé, notamment dans les années 60, à propos de l'assassinat du président Kennedy. La formule était utilisée par les médias d’outre atlantique pour discréditer ceux qui contestaient les conclusions bâclées de la commission Warren, on les baptisait alors "théoriciens du complot". 
Sans la protection de cette formule ”magique”, il aurait fallu répondre en comparant les analyses des faits, argument contre argument, pour pouvoir conclure. Mais grâce à la ”théorie du complot”, plus besoin de s’informer, de douter, de faire un effort de curiosité (du temps perdu). L’affaire était entendue.

De nos jours, le mot est employé à tout va. La ”théorie du complot” est devenu une espèce d’adhésif qu'on appose à tous les arguments dérangeants, ou prétendus faux, pour les rejeter sans examen. On met dans le même sac ceux qui expliquent tout par une ruse des Illuminatis ou de la finance juive, et ceux qui critiquent avec des arguments rationnels et des faits. C’est commode.

Et c’en est même devenu maladif, comme le montre cet échange lors du procès en diffamation Berruyer contre le Décodex en septembre 2019. ”Mais pourquoi prendre les versions officielles pour argent comptant ?” demande Maître Assous (avocat du plaignant). Réponse de Nicolas Hénin (journaliste du Decodex et accusé de diffamation) : ”Là, vous êtes déjà dans une logique que je trouve complotiste”. Inutile d’insister, tout est dit.

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Et il existe maintenant des officines spécialisées qui ont fait un business de cette croisade de la bien pensance. Qu’elles se nomment Decodex, Fact checking, Desintox, ConspiracyWatch, Observatoire du conspirationnisme, leurs chevaliers du Temple en armures étincelantes passent leur temps à traquer les opinions déviantes et à alimenter les rédactions des médias avec leurs ”découvertes”. Ils établissent des classements et des notations des sites web pour en détourner les lecteurs et collaborent avec Google pour rendre les sites dits ”complotistes” invisibles aux recherches des internautes. C’est une forme d’inquisition qui commence…

Le cas des fake news est encore plus lamentable de bêtise. Il y a d’abord une certaine indigence à employer encore une fois un truc américain, comme s’il n’existait pas de mot français pour nommer la chose. Probablement pour se faire plus sérieux qu’ils ne sont, les médias emploient ce mots anglais auquel on ne comprend rien. On ne sait si c’est bête ou snob, ou les deux à la fois ?

La preuve que fake news est vraiment un mot tordu, nous est donnée par un des spécialistes autoproclamés de cette nouvelle discipline. Fake news, déclare Cédric Mathiot (qui officie dans la rubrique Désintox dans Libération), ”a un sens très particulier” qui justifie l’intervention de journalistes spécialisés (des intellectuels de niveau supérieur, probablement): il s’agit ”d’une véritable volonté de tromperie, une information fausse, fabriquée à dessein pour tromper”
La révélation fracassante d’une telle nouveauté, exigeait en effet d’être dite en anglais. Car une information fausse ou une fausse nouvelle, on n’avait jamais vu ça en France et en français ! 
Pourtant, on croyait que la loi avait prévu le cas depuis quelques lustres avec la  Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (article 27). Je cite :
”La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d'une amende de 45 000 euros”

Les législateurs de 1881 étaient certainement d’affreux ringards ignorant le sens du mot fake news, en ces temps reculés.

Mais au fait, ces puits de science dont le savoir universel leur permet de dire tout sur tout, ces Templiers de la croisade de la vérité qui dégainent leur épée contre les fake news, sont-ils en lutte contre les fausses nouvelles ? Ou bien contre les opinions qu’ils n’aiment pas ? 
Car leur croisade est à sens unique et ne s’intéresse qu’à un seul genre d’informations : celles qui circulent sur les réseaux sociaux (les vraies comme  les fausses). Voila ce que reconnaît naïvement le journal
Pour la science, je cite : ”Sur les réseaux sociaux, des individus ou des agents malveillants exploitent notre propension à relayer sans réfléchir des contenus (encore un mot emprunté au marketing). Ils manipulent nos opinions soit en propageant des informations fausses ou au contexte dénaturé, soit en propageant des ”mêmes” messages spécialement conçus pour être partagés très vite”. On n’avait jamais vu ça, on en frissonne.

Pourtant…. En mars 2020, reprenant les évaluations officielles émanant d’un groupe ”d’experts” nommés par Emmanuel Macron, les médias répandaient à une vitesse supersonique une prévision alarmante de 300 000 à 500 000 morts en France provoquée par le coronavirus. Ces ”experts” ont heureusement été démentis par les faits.

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”À ce stade, il n’y a pas d’épidémie au sens médical du terme”, déclarait le 2 mars 2020, Sibeth Ndiaye, porte parole du gouvernement, à propos de l’épidémie du coronavirus.

Lors de la guerre russo-géorgienne, Le Monde publiait en 2008 un article de Bernard-Henri Levy. Mais de nombreux témoignages de personnes ayant vécu les évènements attestaient que les faits racontés par BHL étaient inventés, notamment son déplacement dans la ville de Gori “en proie aux flammes”, en effet il n’y avait pas mis les pieds.

”Nous avons des dizaines de millions de masques en stock” affirmait Agnès Buzyn ministre de la Santé lors d’un point presse le 26 janvier 2020.

Dernier exemple, rappelons l’anthrax mortel de Saddam Hussein brandi par Colin Powell à la tribune de l’ONU, qui avait fait la une des journaux et des plateaux des télévisions. Encore une fausse nouvelle.

On attend toujours que les modernes chevaliers du Temple corrigent ces mensonges des politiciens et des médias. Ou bien les fake news serviraient-ils à faire oublier les vraies fausses nouvelles ? Et sommes nous si demeurés qu’il soit nécessaire de nous dire ce qu’il faut croire et ne pas croire ? Et n’y a-t-il pas de dangers plus sérieux à combattre, comme les escrocs qui sévissent sur l’internet et qui extorquent de l’argent aux personnes candides ?  Ou comme les escrocs qui vendent des remèdes bidon et des attrape-nigaud  par le même canal ?

Face au flot d’informations qui nous inonde aujourd’hui, il est crucial d’exercer notre esprit critique en permanence afin de ne pas être abusés, dit l’article de Pour la science. Et j’ajoute : quelle que soit l’origine de l’information.
Et tant pis si, confondant la liberté de réfléchir avec la crédulité, de bonnes âmes appellent ça du complotisme ! 


>Sources. Acrimed. "Complotisme" : (més)usages médiatiques. >>> Lien.  
Acrimed. Complotisme : fake news à la Une. >>> Lien. 
 Wikipedia. Théorie du complot. Un recensement très complet des élucubrations complotistes, mêlé à des analyses politiques, ce qui en fait une confirmation de mon propos. >>> Lien. 
Pour la Science. Théories du complot.
>>> Lien. 


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