Alain Roblet. J’vas vous causer d’ma grand’ mée.

jeune berrrichonne copie 2

Alain Roblet qu'on connaît habituellement comme défenseur de la langue française a lu ce souvenir en parler berrichon (mais le berrichon après tout, c'est du français), en février 2020, lors de la Soirée sans écrans”  organisée par Les amis de La Borne. Il a bien voulu le partager avec les lectrices et lecteurs de gilblog.

Bonsouèr’ ! J’vas vous raconter une histouèr’ ! J’vas vous parler d’ma grand’ mée.

Vous z’avez-t’y vu ? Aujourd’hui, j’ fêtons les “Eugénie!” Eh bin, ma grand’ mée, du couté d’ ma M’man, son p’tit nom, ç’atait “Eugénie”. Mais ceux qui la connaissint bin, ils l’app’ lint “La Génie”. De c’fait, y aura eu au moins eun’ génie dans la famille !

Ah ! Al’ t’é t’y gent’ ma grand’ mée, vous peuvez pas savouèr’. Ah ! J’ l’aimais t’y ma grand’ mée !

Al’ t’é née en 88, 1888 pour sûr, l’deux du moué d’ mars ! À Neuilly, pu précisément, à La Martinerie, ent’ Les Châtelets et pis l’Sanglier, vous counaissez bin ? “Eugénie Tavernier “ qu’a s’app’ lait d’ son nom d’ jeun’ fille.

À trouès ans, al’ a failli s’neyer, dans l’lavouèr’ ; Oui da ! al’ t’é tombé d’dans !. Sa M’man a l’vait les bras au ciel et pis a criait : “Ma pour’ p’tit fille, a va s’neyer ! Ah, ma  pour’ p’tit fille, a va s’neyer !”. Mais, a f’sait rin pour’ la sortir de l’iau.  Coup d’chance, eun’ vouèsin’ a descendu dans l’crot, pis al’ l’a r’pêchée, sinon j’ s’rais pas là, anc’ vous.

Ma grand’ mée, al’ est allée à l’école de Morue, jusqu’à 8 ans ; l’hiver seul’ ment parç’ qu’anprès, l’été a d’vait garder les ouès. Eh bin, a f’sait point de faut’ quant’ qu’al écrivait.

Anprès, à 14 ans, al’ a été placée au château d’Guèch’ à Neuilly, coum‘ doumestiqu’. Al’ tait bin traitée, qu’a disait. Pu grande’, l’ patron pi la patroun’, y l’emm’nint anc’ eux à Paris quand qu’y z’étaient pas à Neuilly. Et pis l’été, y l’emm’nint anc’ eux au bord d’ la mer, à Berqu’ - Plage. Mais ç’atait pas pour’ s’baigner, ç’atait pour’ travailler.

Pu tard, l’16 du moué d’janvier 1911, a’ s’est mariée, anc’ Albert Pad’loup. Y s’ sont placés dans une farm’ coum’ doumestiqu’ à La Breuill’, à Vasselay. C’est là que l’19 du moué d’novemb’ d’la mêm’ an-née, al‘ a mis au monde eun’ p’ tit’ fille, Rénée, qui pu tard, a s’ra ma M’man. Pis l’25 du mois d’a-out 1913, al’ a eu un garçon, Robert. Là, anc’ son houm’ ils l’ tint doumestiqu’ dans eun’ aut’ farm‘, au Travers, à Neuilly.

Grand-mère-berrichonne copie

Et pis la guerr’, al’ est arrivée. Son houm’ est parti et… il est jamais r’venu : disparu dans un trou d’obus, l’7 du moué d’ juillet 1915, là-bas, dans l’bois d’Ailly, à Vaux-Marbott’, au sud-est de Verdun, dans la Meus’. 

Ah, al’ en a t’y eu d’ la misèr’ ma grand’ mée.  Faut’y, faut-y !

De ç’fait, al’ est r’partie cheu ses parents, aux Sigurets. Y l’ont bin agidée , yeu fille anc’ ses deux marmiots. C’est qu’ al’ avait rin !  Son houm, il‘ tait disparu et al’ a attendu quatr’ ans et d’mi avant qu’ y soye r’connu “Mort pour la France”, quatr’ ans et d’ mi avant d’ toucher eun’ pension d’ veuv’ de guerr’. Quatr’ ans et d’mi sans rin !

Ah, al’ en a t’y eu d’ la misèr’ ma grand’ mée.  Faut’y, faut-y !

Et pis, ses enfants l’ont grandi, pis y s’ sont mariés. Alors, en 39, al’ s’est r’mariée ma grand’ mée. Anc’ un houm’ veuf, qu’ était des Fleuriets : Georges Naudet qu’y s’app’lait. Y s’ sont installés en couté, aux Girardins, anc’ queuqu’ vaches, queuqu’ chieuv’, queuqu’ poules et queuqu’ lapins. Enfin, la vie al’ tait moins dure. 

J’ me souvins qu’pendant les vacances, j’allais m’baigner dans l’étang d’Mourue. L’propriétair’ (j’ai pardu son nom), ç’atait un épicier en grous qu’était d’Cosne et pis Mossieu Thomas, l’gardien, y v’ laient bin qu’on saut‘ dans l’étang. Ah si, ça y’est, ça me r’vint : Ç’atait Mossieu Fina l’propriétair’.

J’aimais bin aller cheu ma grand’ mée. Al’ tait t’y gent’ ma grand’ mée. J’l’aimais t’y ma grand’ mée ! 

En 51, la v’ la à nouveau veuv’. Alors al’ a déménagé à Crézancy, aux Rabiniaux.

Chaque an-née, je v’nais passer les vacances d’été cheu ma grand’mée ; a m’ f’zait des œufs au lait, des crêpiaux et pis tout plein d’aut’ boun ‘ chouz’s.

Ah, al’ tait t’y gent’ ma grand’ mée. J’l’aimais t’y ma grand’ mée ! 

Et pis, l’18 d’ janvier 80, al’ est partie, pour jamais r’ veni. L’bon Dieu l’a gardée anc’ lui.

J’ l’entends toujou’ qu’a disait : “J’ons t’y d’ la misèr’ !  Faut’y, faut-y !” 

Ah, J’l’aimais t’y ma grand’ mée ! Pis j’va vous di’ : a m’manqu’ ma grand’ mée.


> Alain Roblet La Borne, vendredi 7 février 2020, soirée sans écran avec Les amis de La Borne.

> Les photos ne sont pas des portraits de la grand mère d’Alain Roblet, ce sont des cartes postales anciennes. 

Gilblog La Borne mon village en Berry, est un blog de clocher, un cyberjournal d’expression locale et citoyenne. Dans gilblog, lisez des nouvelles de La Borne et du Berry en mots et en images, pages vues sur le web, citations, dico berrichon, coups de gueule et coups de coeur. Tout ça est éclectique, sans prétention et pas toujours sérieux, mais gilblog est amical avant tout. Gilblog, un site web fait à La Borne et réalisé entièrement à la main sur Mac, avec l'excellent  logiciel SandVox. © Photos Marie Emeret & JP Gilbert. © Textes et dessins JP Gilbert. Cartes postales anciennes: collection JP Gilbert. Vignettes : Dover éditions. Toute image ou contenu relevant du droit d’auteur sera immédiatement retiré(e) en cas de contestation. Les commentaires sont les bienvenus sur ce site. Les avis exprimés ne reflètent pas l'opinion de gilblog, mais celle de leurs auteurs qui en assument l’entière responsabilité. Tout commentaire vulgaire ou injurieux, ne respectant pas les lois françaises, tout billet insultant ou hors sujet, sera automatiquement revu ou rejeté par le modérateur, ainsi que les messages de type SMS et ceux des trolls. Conformément à la loi, votre adresse IP est enregistrée par l'hébergeur.