
La Nouvelle République (moins de 10 000 exemplaires vendus dans le Cher), négociait depuis plus d’un an avec le groupe Centre France. Ce dernier envisageait de lui céder le Berry Républicain (à peu près 30 000 exemplaires vendus par jour), concurrent de la NR dans le département. En échange, Centre France devait entrer au capital de la NR.
C'est du moins ce que l'on annonçait il y a peu.
Mais il en a été tout autrement.
En effet les négociations avec le groupe Centre France ont échoué, et la Nouvelle République publiera le dernier numéro de son édition du Cher le 30 septembre.
Centre France a-t-il reculé devant un montage compliqué et plus onéreux que prévu ? Les pourparlers qui s'étiraient étaient-ils une manoeuvre pour attendre la mort lente d'un concurrent ? On le saura peut-être un jour…
Le plan social de la direction de la Nouvelle République prévoit la suppression de 181 postes, dont 125 au quotidien, 27 à Centre Presse de Poitiers qui fait partie du groupe NR, ainsi que dans d'autres filiales (communication, publicité, portage). La Nouvelle République aurait perdu deux millions d'euros pour le seul premier trimestre 2009. Les licenciements devraient être notifiés du 3 septembre au 31 octobre, avec des départs effectifs échelonnés jusqu'au 31 décembre.
Les syndicats du quotidien montrent du doigt les "erreurs de gestion" de la direction et regrettent que celle-ci "manque cruellement d'idées" pour relancer le titre. Il faut dire que sous prétexte d'allégement, les pages de la NR sont devenues insipides : la direction des rédactions semble éviter les articles un tant soit peu critiques et les sujets qui pourraient déplaire aux notables. Et les images et la mise en page paraissent bien fades. Force est de constater que la Nouvelle République (comme l'essentiel des quotidiens régionaux et nationaux), pratique l’information "indifférente", celle qui ne gêne personne, ni aucun intérêt. Pour cette raison, l'information "indifférente" envahit les colonnes du journal qui, voulant ainsi plaire à tout le monde, arrive à ne plus intéresser personne. C'est ainsi que la circulation routière saisonnière devient un sujet capital, tout comme l’ouverture d’un café ou l'inauguration du stade municipal. Dans cette manière d'informer, si un scientifique écrit que la Terre est ronde et si l’Elysée déclare qu’elle est plate, on publiera d’abord le démenti élyséen, ou on mettra à égalité les deux communiqués sans prendre parti ou, au mieux, on dira que la vérité se situe entre les deux *. La mésaventure des croisiéristes malades est aussi de l’information "indifférente" : quoi de plus normal que les autorités sanitaires fassent leur travail pour éviter les risques de contagion ? Le contraire serait étonnant !
La presse régionale, disent certains, n'a plus aucun avenir. Son lectorat diminue d'année en année et les jeunes ne lisent plus les journaux qu'ils jugent "ringards". On allume plus volontiers la télévision dont le robinet déverse pourtant une information encore plus ringarde.
La direction de Centre France et la rédaction du Berry Républicain, elles aussi "manquent cruellement d'idées" pour animer le journal qui ne fait guère mieux que la NR. De plus, Le Berry est déficitaire, rappelons le, et licenciait environ vingt personnes en 2004 et autant en 2005. Il est peu probable que la disparition d'un concurrent suffise pour que Le Berry se redresse durablement. Il faudra trouver autre chose….
Je laisse le mot de la fin (!) à Mister K qui écrit, sur le site berruyer "l'Agitateur" : "Bientôt, dans le Cher, vous aurez le choix entre Le Berry Républicain ...et Le Berry Républicain".
* Comme l'écrit Laurent Joffrin dans Libération du 7 août.
